La force aéronautique navale (conférence)

Compte-rendu de la conférence « La Force aéronautique navale » organisée par le Centre d’Etudes Stratégiques de la Marine (CESM) le 29 janvier 2020 à l’Ecole Militaire, et animée par le Contre-Amiral Guillaume Goutay.

@ Marine Nationale

Né le 5 février 1967 au Mans, le contre-amiral Guillaume Goutay intègre l’Ecole Navale en 1987. Après six années de formations interarmées, il est breveté pilote d’hélicoptère de l’aéronautique navale. Au cours de sa carrière, il sera engagé sur différents théâtres d’opération, de l’Europe à l’océan Indien en passant par le Moyen-Orient. Il participe à la montée en puissance de la nouvelle Flottille 36F avant d’en devenir le commandant dès 1999. Il servira ensuite trois ans au bureau officiers de la direction du personnel militaire de la marine, et est responsable de la gestion des carrières des officiers de toutes les spécialités de l’aéronautique navale. De 2014 à 2017, il est adjoint Marine et chef de la cellule « territoire national » au cabinet du ministre de la Défense. Il est alors chargé des opérations intérieures menées par les armées en métropole et en outremer, dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Dès 2017, le contre-amiral Goutay prend le commandement de la force de l’aéronautique navale, responsable de la préparation aux opérations des marins du ciel et de leurs aéronefs. Auditeur de la 63e session du CHEM et de la 66e session de l’IHEDN, il totalise plus de 2800 heures de vol. Guillaume Goutay est officier de la Légion d’Honneur et du Mérite Maritime, titulaire de la croix de la valeur militaire, de la médaille de l’aéronautique et de la médaille pour actes de courage et de dévouement.

            Au cours de cette conférence, le contre-amiral Goutay s’exprime sur l’importance de l’aéronautique navale pour la Marine Nationale, qui ne peut prétendre à une maîtrise totale des espaces maritimes sans couvrir de façon coordonnée leurs trois dimensions : sur la mer, sous la mer et au-dessus de la mer. C’est pourquoi la force de l’aéronautique navale est forte de 5000 marins du ciel – dont la moyenne d’âge ne dépasse pas les 32 ans–  et de près de 200 aéronefs. Cependant, le format territorial actuel est très resserré, avec quatre bases en métropole (trois en Bretagne et une dans le Var), et six bases en Outre-Mer.

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Les fonctions stratégiques de la force aéronautique navale

L’Amiral Goutay distingue trois fonctions stratégiques de la force de l’aéronautique navale :

1/ La dissuasion nucléaire, dont la force aéronautique navale est pleinement contributrice au travers de l’arme aéroportée. Cette contribution repose sur le triptyque « Porte avion Charles De Gaulle – Rafale – ASMPA » (Missile Air-Sol Moyenne Portée Amélioré). Elle est ainsi l’une des forces nucléaire de la France depuis des décennies. Outre sa contribution, elle concourt à la sureté de la dissuasion au travers des Atlantiques 2 et des hélicoptères embarqués sur les Frégates.

2/ La fonction d’intervention : La force aéronavale est engagée à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national. Elle est présente dans l’ensemble du spectre des opérations extérieures : au large de la Lybie dans le cadre de l’opération Harmattan, et au Levant ou elle fut déployée pour les missions Arromanches 1, 2 et 3, entre 2014 et 2016. Le groupe aéronaval, constitué en Task Force 473, autour du porte-avions Charles de Gaulle et de son groupe aérien embarqué, a également été déployé de mars à juillet 2019 dans le cadre de la mission Clemenceau. Il est actuellement en mission au-dessus du territoire du levant pour continuer la lutte contre Daech, dont le déploiement s’inscrit dans le cadre de la mission Foch. Le groupe aérien embarque environ 30 aéronefs dont 24 Rafales, 2 Hawkeye, des hélicoptères Panther et Caïman.

Lorsque le CDG est déployé, il offre une capacité de 60 sorties par jour. Capable de mener des raids (action de renseignement ou de combat jusqu’à 1000 kilomètres à l’intérieur des terres en toute autonomie), il peut faire peser une pression militaire sur un ennemi comme Daech pendant 10 heures par jour, sur des cycles de trois à quatre semaines avec génération d’une semaine.

La force aéronavale est également engagée dans les opérations extérieures menées par d’autres armées, dont l’opération Barkhane, où l’Atlantique 2 fut en permanence déployé. Les bâtiments de surface et les sous-marins sont adaptés pour opérer dans les missions dites aéroterrestres afin de collecter du renseignement, donner une appréciation de situation, aller jusqu’à frapper en autonomie ou alors guider au moyen de contrôleurs aériens embarqués.

3/ La fonction de protection : On parle ici d’engagement dans les opérations dites intérieures, telle que la lutte contre les activités illicites, le trafic en mer, et, depuis 2014, la protection contre les menaces terroristes. La posture maritime a été nettement renforcée pour faire face à cette menace. A titre d’exemple, des Falcon 50  font face à l’immigration clandestine grâce à des actions quotidiennes entre Montpellier et Menton, sur le théâtre Atlantique et aux abords de Mayotte.

Enfin, la mission de sauvetage en mer classique, permise grâce à la disponibilité d’hélicoptères d’alerte en Outre-Mer et en métropole permet de sauver environ 300 vies humaines chaque année.

Les principales facultés de l’aéronavale

La force d’aéronautique navale est l’une des quatre forces correspondant aux principales composantes de la Marine. En interaction permanente avec les trois autres forces, elle est capable d’interopérabilité. Elle concoure à la sureté des forces sous-marines françaises et est apte à l’interarmées, ce qui l’a rend complétement opérable avec les forces aériennes de l’UE et de l’OTAN. Elle bénéficie d’une relation spéciale avec les Etats-Unis (comme ce fut le cas lors du déploiement « Chesapeake », du 3 avril au 27 mai 2018, ayant eu pour but de parfaire le maintien des compétences des marins français et d’entretenir un haut niveau d’interopérabilité avec l’US Navy). Ce déploiement témoigne du fort niveau d’interopérabilité et d’un niveau de confiance réciproque sans précédent.

Il est important de noter que les Etats-Unis et la France sont les deux seules nations au monde à disposer d’un porte-avions de type CATOBAR (Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery, assistance au décollage par catapulte et à l’appontage), qui dispose d’une piste permettant le décollage horizontal d’avions avec un système de catapultes et de brins d’arrêt pour l’appontage horizontal des avions[1].

Par ailleurs, la navalisation des pilotes français se fait aux Etats-Unis. Certains sont formés intégralement aux Etats-Unis ( cursus « Full-US » ), où la première partie des vols est faite sur Beechcraft T-6 Texan II à Whiting Field, près de la ville de Pensacola en Floride. La suite, pour tous, se passe sur la base de Meridian, au Mississipi, sur T-45 Goshawk. Douze appontages sont nécessaires pour valider la formation, dont sont issus environ dix pilotes par an.

L’aéronautique navale face à ses défis

Trois défis se posent à l’aéronautique navale : la sécurité des vols, le maintien en condition opérationnelle (MCO) et le recrutement.

1/ La sécurité des vols / la maitrise des risques : la formation, en confiance et en transparence, sera renforcée avec les autres armées qui sont confrontées aux mêmes problématiques, ce qui permettra la mise en commun des retours d’expérience.

2/ Le MCO : Après le constat alarmant du Président de la République relatif au taux de disponibilité des aéronefs militaires et à l’augmentation du coût du soutien, la Ministre des Armées, Florence Parly, a créé la Direction de la Maintenance Aéronautique (DMAé) afin de garantir une meilleure maitrise du Maintien en Condition Opérationnelle du matériel aéronautique de la Défense. Monique Legrand-Larroche, directrice des opérations, a choisi « de verticaliser et de globaliser les contrats« . Elle compte ainsi « responsabiliser davantage les maîtres d’œuvre industriels en leur fixant des objectifs précis, en les rémunérant en conséquence et en leur garantissant plus de durée dans les contrats de manière à leur donner la possibilité de s’organiser« [2].

Le recrutement : la force aéronautique navale est une arme technique, de compétence et fortement concurrencée par le secteur privé. C’est une armée jeune, et de flux. Néanmoins, le flux de départ doit être rattrapé par le flux de rentrée, et pour ce faire, les filières professionnelles et techniques doivent être revalorisées pour répondre aux besoins de l’aéronautique, concurrencée par ceux de l’Armée de l’Air et de l’Armée de Terre. La difficulté à recruter peut également s’expliquer par le manque de notoriété de la force aéronavale, des « marins du ciel », mais enfin par le nombre de contraintes intrinsèques à la fonction.

Le format 2030

L’objectif, d’ici 2030, est de revaloriser le budget et le recrutement. La vision stratégique  sera soutenue par le plan MERCATOR, appelé également « Aéro 2030 ». La Marine connaitra un renouvellement, voire un remplacement d’un certain nombre de capacités.

La puissance aérienne du Rafale sera accrue avec les passages au Rafale f3R, puis au Rafale f4.  

L’aéronautique navale a vocation à opérer des drones embarqués, notamment le SDAM à base d’un VSR700. Ce projet, conclu avec Naval Group et Airbus Helicopters en milieu de décennie, aura vocation à opérer sur le porte-avion de nouvelle génération.

En septembre 2019, Florence Parly a annoncé que la France allait commander en 2020 un lot de trois E-2D Advanced Hawkeye afin de remplacer les E-2C Hawkeye 2000 jusque-là en service au sein de la Flottille 4F19. La réception et la mise en opération se fera aux alentours de 2027.

Appelé à succéder aux hélicoptères Alouette III (qui seront mis hors service d’ici trois ans), aux Dauphin et Panther de la Marine nationale, le futur Guépard va être développé sur la base du nouveau biturbine civil H160 d’Airbus Helicopters. Dans cette perspective, la Direction Générale de l’Armement (DGA) a annoncé le marché de pré-développement de la version militaire du H160. Ce contrat a été passé auprès d’Airbus et de Safran. « Il concerne notamment l’adaptation des instruments de bord, des capteurs et de la cabine pour permettre la réalisation de missions militaires, y compris à partir de bateaux de la Marine Nationale. »[3]. Il occupera les forces de la marine à l’horizon 2028.

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A propos de l’auteur

NATACHA DELBOURG est membre de la quatrième promotion du Master 2 Expertise des Conflits Armés à Paris I Panthéon – Sorbonne et actuellement apprentie en intelligence économique et stratégique à THALES LAS. Issue d’une licence de communication / Langues Etrangères Appliquées et d’un Master 1 en Diplomatie et Relations Internationales de HEIP, elle a été chargée d’études au Centre Etudes, Réserves et Partenariats de l’Armée de l’Air, Réserviste dans la Marine Nationale, et a effectué une Période Militaire de Perfectionnement à la Défense Nationale au DA 277. Elle est également auditrice du 113e cycle « IHEDN Jeunes ».


[1] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/comment-le-ministere-des-armees-veut-ameliorer-la-disponibilite-des-avions-et-des-helicopteres-787022.html

[2] https://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/flotte-de-porte-avions-comparaison-internationale

[3] https://www.meretmarine.com/fr/content/signature-du-contrat-de-pre-developpement-du-guepard


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