Article : Pologne, émergence d’un acteur géostratégique

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           Alors que le gouvernement suédois a annoncé début mars le rétablissement du service militaire dès cet été (sept ans après l’avoir supprimé), il a ensuite indiqué qu’il distribuerait entre le 28 mai et le 3 juin près de 4,8 millions d’exemplaires de livrets « En cas de crise ou de guerre » [1]. Le 6 juin, jour de la fête nationale, il a fait état du rappel de 22 000 réservistes de la Garde intérieure (soit 40 bataillons) afin de réaliser un exercice de grande ampleur, inédit depuis 40 ans. Le 12 juin, Oslo a expressément demandé le doublement de l’effectif du contingent de soldats américains à Setermoen à 420 km de la frontière avec la Russie… Demande faisant suite à la déclaration d’intention trilatérale en vue d’accroître la coopération militaire entre les forces suédoises, finlandaises et américaines portée le 8 mai dernier par les ministres suédois et finlandais de la Défense, Peter Hultqvist et Jussi Niinistö. Force est de constater que la hausse de l’activité militaire russe aux frontières de l’Europe fait craindre une atteinte à l’intégrité du territoire européen. C’est dans ce contexte que l’Institut Thomas More publie une étude « La Pologne, acteur géostratégique émergent et puissance européenne » [2] dont le cœur de la réflexion est la politique de défense polonaise et ses ambitions. Selon Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More, les « choix politiques, militaires et stratégiques » de Varsovie concourent à faire de la Pologne « un acteur clé des frontières est-européennes ».

« Nous supposons que d’ici 2032, la Russie maintiendra sa position agressive en matière de politique étrangère et de sécurité. Compte tenu de l’asymétrie des capacités militaires entre la Russie et les membres du flanc est de l’OTAN, une telle situation crée une menace directe pour la Pologne et la région » [3]. La menace russe sur les frontières orientales de l’Europe et la vétusté de ses forces armées ont conduit Varsovie à lancer de vastes programmes d’investissements afin de moderniser son appareil militaire dont beaucoup de ses matériels dataient de l’ère soviétique. La création en 2013 de la Polska Grupa Zbrojeniowa regroupant à l’heure actuelle soixante entreprises polonaises de défense ainsi que l’augmentation de près de 16 % de ses effectifs entre 2016 et 2018, soutenue par la déclaration du gouvernement polonais en août 2017 d’allouer 45 milliards d’euros supplémentaires pour les quinze prochaines années au budget de la défense, portent la Pologne à la pointe du renforcement des capacités militaires en Europe. Cet effort militaire conséquent et soutenu par le PiS (Parti Droit et Justice) est la traduction d’une ambition politique, géopolitique et stratégique de Varsovie. Les obligations assumées par la Pologne au sein de l’OTAN, le renforcement des alliances avec les pays frontaliers (République tchèque, Hongrie et Slovaquie), l’Initiative des Trois Mers [4] et la refonte du système national de défense font de ce pays l’un des piliers stratégiques de l’Europe.

À l’heure où l’Europe de la défense tente de trouver un second souffle, les investissements militaires massifs de la Pologne et la modernisation de son armée sont à souligner. Les engagements financiers et militaro-industriels pris par le gouvernement polonais pour les quinze prochaines années ainsi que ses achats de matériels (le plus souvent américains) représentent une contribution significative et indéniable à la défense de l’Europe. Aussi les tensions entre Bruxelles et Varsovie, à propos de l’État de droit et de la séparation des pouvoirs, ne doivent pas masquer les efforts entrepris. Pivot géopolitique de l’Europe centrale, la Pologne s’impose aujourd’hui comme une puissance et un acteur géostratégique de premier plan.

Quels projets et quelles ambitions nourrissent la politique de défense polonaise ? Comment les entreprises de défense européennes, et plus particulièrement les groupes de défense français, peuvent-elles s’inscrire dans le marché polonais et décrocher de nouveaux contrats ? Comment se traduit, aujourd’hui, la politique de défense polonaise : primauté à l’Europe de la défense ou bien à la défense de l’Europe ? Autant de questions auxquelles l’étude de l’Institut Thomas More apporte des éclairages :

La Pologne, acteur géostratégique émergent et puissance européenne

 


[1] Les livrets distribués à une partie de la population suédoise visent à détailler les mesures à prendre en cas de situations d’urgence, de grands dangers ou en cas de catastrophes naturelle. La Russie n’est cependant jamais citée.

[2] http://institut-thomas-more.org/2018/06/19/la-pologne-acteur-geostrategique-emergent-et-puissance-europeenne/

[3] « We assume that by 2032 Russia will maintain its aggressive stance in its foreign and security policies. Taking into account the asymmetry of military capabilities between Russia and NATO’s eastern flank members, such a situation creates a direct threat for Poland and the region », in The Defence Concept of the Republic of Poland Mai 2017, p. 23.

[4] Mise en place en 2016, l’Initiative des Trois Mers « consiste à relier la Baltique, l’Adriatique et la mer Noire en développant les infrastructures dans les domaines des transports, des télécommunications et de l’environnement. Douze États d’Europe centrale sont partie prenantes » in La Pologne, acteur géostratégique émergent et puissance européenne, p. 9.


Crédit photo : Ministère de la Défense polonais, site internet, 27 novembre 2017 (Ministry of National Defence — Republic of Poland)

Jeanne Dubois-Grasset


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