Dossier : le rôle stratégique des actions militaires de la Turquie durant le conflit syro-irakien (2015 – 2017)

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            La politique étrangère de la Turquie a longtemps été marquée par l’influence de la doctrine Davutoğlu, autrement dit « zéro problème avec les voisins ». Universitaire, conseiller puis ministre des affaires étrangères jusqu’en 2014, sa vision géopolitique a fortement influencé la politique étrangère turque à partir des années 2000. Sa vision consiste à étendre l’influence turque jusqu’aux frontières de l’ancien Empire ottoman par des conquêtes diplomatiques plutôt que militaires. Cependant, le début de la crise syro-irakienne en 2013, l’isolement progressif de la Turquie sur la scène internationale et les relations de plus en plus tendues avec le président Recep Tayyip Erdoğan, poussent Ahmet Davutoğlu à la démission. Son départ s’accompagne d’une implication plus directe de la Turquie dans les affaires du Moyen-Orient. En effet, la compétition régionale entre l’Iran et l’Arabie saoudite laissant la Turquie à l’écart, ainsi que les velléités de plus en plus fortes des Kurdes, appuyés par les Américains, incite la Turquie à prendre part au conflit. Ce réveil tardif se fait pourtant de manière particulière et unilatérale, puisque la Turquie oscille entre les différents camps au gré de ses intérêts, tantôt du coté occidental, tantôt du coté syro-russo-iranien.

Il n’est possible de parler d’actions militaires turques, dans ce conflit, qu’à partir de 2015. Ce travail cherche donc à analyser le rôle, dans la stratégie régionale, des actions militaires de la Turquie durant le conflit syro-irakien, de 2015 jusqu’à la bataille d’Idleb. Pour cela une première partie s’interrogera sur le rôle stratégique de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » dans la lutte contre les Kurdes. Ensuite, la seconde partie traitera de l’importance de la bataille d’Idleb dans l’objectif d’anéantissement du projet kurde du Rojava. En troisième partie, la poursuite de cette politique en Irak, conjointement avec l’Iran et enfin, une dernière partie montrera en quoi les actions militaires sont mises au service de la puissance turque. À la suite de cette analyse liant les versants opérationnels et stratégiques, sera réalisée une carte de synthèse des actions militaires de la Turquie durant ce conflit.

Il est important de préciser et d’expliquer que la tentative de coup d’État de l’armée turque de 2016 ne sera pas traitée dans ce travail. Le 15 juillet 2016, l’armée, à l’époque très indépendante en Turquie, tente un coup d’État contre le gouvernement de l’A.K.P. d’Erdoğan. Cette tentative ayant échouée, le gouvernement a immédiatement entrepris de nombreuses réformes afin de limiter le poids politique de l’armée et la remettre sous un contrôle plus fort du gouvernement. Par exemple, les effectifs sont réduits et limités, le recrutement est revu et le mode de fonctionnement de l’armée est profondément bouleversé. S’exerce alors une professionnalisation de l’armée et un changement de doctrine : du kémalisme laïc à la défense nationale et une tolérance plus accrue envers l’islam. Cet événement, bien que majeur pour l’armée turque, ne sera pas traité dans ce sujet car relevant du champ politique et des affaires internes à la Turquie.

 

Actions militaires de la Turquie — Louis Brunet

 

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Photo prise par Bulent Kilic (Agence France Presse) et publiée dans Le Monde le 2 octobre 2014 ; des chars turcs se positionnent près de Kobané.


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