Les Nouvelles Routes de la Soie et l’Europe (article)

Illustration OBOR et Europe

           Le 5 décembre 2017, l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (I.R.I.S.) a réalisé un entretien avec Enrico Letta [1] à l’occasion de son intervention dans le cadre de la première édition du Forum de Paris sur le thème « Les nouvelles routes de la soie » organisée par l’I.R.I.S. et l’ambassade de Chine en France, le 29 novembre 2017. Selon lui, un co-leadership entre l’Union Européenne (U.E.) et la Chine est poussé, entres autres, par les nouvelles politiques internationales en termes d’affaires étrangères au niveau commercial, environnemental mais aussi en raison du renforcement de l’unilatéralisme contre le multilatéralisme mené par le président Trump. Tous ces facteurs renforcent les liens qui étaient déjà croissants entre l’Europe et la Chine. Nous verrons dans une première partie la timide avancée des gouvernements européens ainsi que la position divergente des États de l’U.E. face à ce qui est pourrait être une opportunité inédite. La seconde partie, quant à elle, sera consacrée au Sommet de la Route de la Soie qui s’était tenu en Chine les 14 et 15 mai 2017.

Enrico Letta, dans son intervention, rappelle que depuis presque dix ans et le début de la crise financière, l’Europe a connu de nombreuses crises [2]. Ainsi, il est compréhensible que l’attention sur le rôle global de l’Europe dans ce projet chinois des Nouvelles Routes de la Soie ne soit pas au niveau qu’il aurait dû atteindre. Jean-Christian Cady [3], quant à lui, publié par l’Institut du Pacifique, rappelle qu’au sein même de l’U.E. les positions quant au rôle de la Chine en Europe sont différentes. Bien que la Chine ait investi d’importantes sommes d’argent dans seize États d’Europe centrale et orientale [4], ce n’est rien comparé à ce qu’elle a déjà investi en Europe de l’Ouest. Sur la période 2008-2014, sur vingt investissements chinois dans des entreprises européennes, un seul a été fait en Europe centrale : en Hongrie. Les investissements les plus importants ont essentiellement concerné des entreprises anglaises, italiennes, portugaises, françaises et allemandes. Seule la Hongrie, parmi les pays d’Europe centrale et orientale, a pu atteindre la sixième place sur la liste des investissements chinois réalisés dans des entreprises européennes. Parmi ces pays, réalités politique et économique s’entremêlent. Bien que ces onze pays [5] ayant ardemment souhaité rentrer dans l’U.E. (ainsi que des pays souhaitant faire partie de l’U.E. [6]) refusent la doxa européenne, les investissements et promesses d’investissements chinois sont devenus une réalité. Ces investissements ne doivent pas pour autant devenir, pour ces pays, un substitut à l’U.E.

Le Sommet de la Route de la Soie a été l’occasion pour le président chinois, Xi Jinping, de qualifier son projet des Nouvelles Routes de la Soie était le « projet du siècle » et permettra « d’ajouter de la splendeur à la civilisation humaine » par l’inauguration d’une nouvelle ère de commerce au niveau mondial. Si la Chine réussit et concrétise ses promesses, le projet chinois deviendra le plan de développement le plus cher de l’histoire. Par ce projet, la Chine souhaite combler le vide de la direction mondiale laissée par les États-Unis. Bien qu’elle souhaite montrer le succès de son projet, dans les faits, la réalité est différente. Pour simples exemples, lors de sommet, les grandes nations occidentales n’ont pas envoyé des chefs de gouvernement et les pays de l’Union Européenne ont également refusé de signer la déclaration conjointe du Sommet au sujet du commerce sur ces nouvelles routes commerciales. Le quotidien économique allemand Handelsblatt a écrit que le document fourni par la Chine était trop protectionniste : « ils ont refusé parce que la Chine n’avait accepté aucun des appels européens en faveur du libre-échange et des conditions égales ». Selon le quotidien, il est ressorti de ce sommet que le différend avec la Chine « fait partie d’une préoccupation plus large en Europe, concernant l’égalité des conditions et l’accès en Chine ».

En conclusion, il serait souhaitable que l’Europe sache rapidement ce que veut réellement la Chine par ces investissements massifs dans la région afin d’adopter une stratégie lui permettant d’être non pas un « vassal économique » de Pékin mais un partenaire se situant sur un pied d’égalité, si cette initiative chinoise lancée en septembre 2013 est réellement bonne pour l’Europe. Selon Enrico Letta, l’Europe doit travailler de plus en plus avec la Chine. Les perspectives qu’elle nous propose « sont bonnes et doivent être poussées et accélérées ».


[1] Doyen de l’École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA), ancien Premier ministre italien et président de l’Institut Jacques Delors.

[2] Crise financière, crise de la dette suprême, crise de la Grèce, crise des migrants et des réfugiés, Brexit.

[3] Actuellement Secrétaire Général de l’Institut du Pacifique, membre du bureau d’Eurodéfense-France et membre de l’I.F.R.I. (Institut Français des Relations Internationales).

[4] 365 millions d’euros payés par l’entreprise d’État chinoise de transport maritime COSCO pour la privatisation et le contrôle du port du Pirée en Grèce ou encore 3 milliards d’euros d’investissements.

[5] Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie.

[6] Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Monténégro et Serbie.


Pierre-Alexis Cameron


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