La guerre de Sécession, première guerre moderne ? (histoire militaire)

Illustration publication guerre de Sécession
Cet article est entièrement issu du cours sur la guerre de Sécession dispensé aux étudiants du M2 E.C.A. par le Colonel Rémy Porte dans le cadre du séminaire de la professeure Alya Aglan.
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         Le 12 avril 1861, il y a 157 ans, le bombardement du fort Sumter par les troupes rebelles de Caroline du Sud marquait le début de la guerre de Sécession (conclue le 9 avril 1865 par la reddition de Robert E. Lee à Appomattox).

Ce conflit est désormais reconnu comme le premier conflit moderne, et ce pour de nombreuses raisons. Il fut d’abord l’un des plus meurtriers du XIXe s. et vit la victoire d’une Union plus peuplée, plus industrialisée et disposant d’un meilleur réseau ferré que la Confédération des États du Sud qui lui faisait face.

La modernité de la guerre de Sécession repose ainsi en partie dans les innovations techniques et technologiques qui sont mises à profit par les belligérants. Le chemin de fer est un exemple significatif : son emploi n’est pas nouveau (campagne d’Italie de 1859, guerres de l’unification allemande), mais la guerre de Sécession consacre son utilisation offensive et agressive (multiplication des trains blindés), dans la profondeur. On entre ainsi de plain-pied à la fois dans la guerre industrielle et dans la guerre totale.

Ce conflit est la première guerre industrielle pour le Nord mais aussi, jusqu’à un certain point, pour le Sud : l’importance de la logistique commande tout et accroît la place prise par l’industrie de guerre. Le Nord est la partie la plus industrialisée du pays, avec une capacité de production, d’innovation technique et de mise en chaîne de nouveaux matériels incomparablement plus élevé que celle du Sud. La guerre de Sécession est aussi une guerre totale avant la lettre : elle divise la société américaine et met aux prises deux modes de vie différents. Le Nord impose le sien, mais aussi son pouvoir économique et industriel (teinté de protectionnisme, à l’inverse du Sud, attaché au libre-échange et vivant de ses exportations de coton).

Ce conflit est aussi caractérisé par l’utilisation d’armements modernes : généralisation du fusil à canon rayé, développement de l’artillerie permettant un feu précis à plusieurs kilomètres et donc au-delà du champ de vision des combattants, apparition des premières mitrailleuses militairement efficaces. Ces innovations provoquent le développement de nouvelles parades : tranchées, redoutes, barbelés.  Sans compter des exemples plus anecdotiques : utilisation de ballons d’observation et entrée dans la troisième dimension de la bataille, utilisation des mines souterraines annonçant la guerre des mines de l’année 1915 pendant la Première Guerre mondiale, apparition de la photo de guerre et utilisation empirique à des fins de propagande interne et externe, intensification de l’emploi du télégraphe et accélération des communications, premiers navires blindés et premier emploi d’un sous-marin opérationnel…

La guerre de Sécession annonce également des bouleversements qui se feront jour en Europe lors de la Première Guerre mondiale. D’une part, la cavalerie est utilisée comme une infanterie montée, se déplaçant rapidement et combattant à pied. D’autre part, dans le domaine de l’artillerie, on comprend l’importance de la concentration des feux, ce qui aboutit à la création de brigades d’artillerie, qu’on utilise groupées (au lieu de disperser les pièces entre les unités d’infanterie). Ces changements annoncent une évolution générale de l’art de la guerre prenant mieux en compte la puissance du feu et l’emploi groupé et relativement massif — pour l’époque — de l’artillerie.

De ce conflit émerge, au niveau doctrinal, un véritable constat d’échec des doctrines purement offensives face aux évolutions techniques et technologiques de l’époque, qu’elles concernent l’armement, les communications ou les transports. Cela est notamment dû à l’extension des lignes de front, à la multiplication des théâtres d’opération et à l’allongement de la durée des combats. La problématique de la gestion opérative et stratégique des ressources humaines et matérielles sur plusieurs théâtres provoque la création dans l’armée américaine de groupements d’unités qui n’existaient pas jusqu’alors : la division et le corps d’armée (structure servant d’interface entre le politique, le commandement en chef et le commandement sur le terrain). Des structures d’état-major sont aussi créées ex nihilo. Les États-Unis profiteront de ces enseignements en 1917, lorsqu’ils s’engageront dans la Première Guerre mondiale et mettront en ligne une armée de masse de quatre millions d’hommes.

Pour terminer, trois conseils de lecture sur ce conflit :

– Farid Ameur, La guerre de Sécession, Que sais-je ?, 2004.

– John Keegan, La guerre de Sécession, Perrin, 2011.

– Vincent Bernard, Robert E. Lee, Perrin, 2014.


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