Un second porte-avions pour la France : quel intérêt pour la puissance maritime française ?

Illustration 2e porte-avions

La France, une puissance moyenne à vocation mondiale. C’est par cette expression que géopoliticiens, spécialistes des relations internationales, historiens ou même dirigeants politiques reconnaissent le poids de la France dans les jeux de puissance planétaires depuis 1945. Cette ambition aurait de quoi surprendre un observateur dont le prisme ne serait que géographique : le territoire hexagonal est en effet confiné à l’extrémité occidentale de l’isthme eurasiatique, et sa superficie terrestre ne lui permet pas de rivaliser avec les immensités russes, chinoises, indiennes, nord-américaines, brésiliennes, etc. Ce serait néanmoins adopter une vision réductrice, celle d’une stricte corrélation entre puissance et extension territoriale. Or il suffit de regarder « de l’autre côté de la colline » (Basil Liddell Hart), de diminuer l’échelle d’observation et de quitter la terre ferme pour mieux appréhender la puissance française. Détentrice d’une zone d’influence et d’une profondeur stratégique importante sur le continent africain, membre permanent du Conseil de sécurité de l’O.N.U., puissance nucléaire, pilier de l’Union Européenne, la France dispose en outre du second espace maritime en termes de Zone Économique Exclusive (Z.E.E.) grâce à ses possessions ultramarines.

Or, la puissance, cela s’exerce, se projette, se met en œuvre. Et c’est tout le défi auquel la France doit répondre. Dans un contexte général de disette budgétaire d’une part, et d’émergence de nouvelles puissances et de nouvelles menaces d’autre part, la puissance française est prise entre deux feux. Elle peut faire le choix du renoncement à l’indépendance nationale en considérant que c’est l’unique solution pour continuer à « peser », et donc en misant sur une interopérabilité croissante de ses forces armées et de ses doctrines militaires, sur une intégration plus poussée dans les alliances internationales, sur une mutualisation des programmes de défense, etc. Elle peut avoir l’ambition de poursuivre dans cette voie de l’indépendance, héritage historique, et donc d’accepter un certain nombre d’efforts sur les plans politique, économique et budgétaire. Elle peut enfin faire le choix du renoncement aux exigences qu’imposent cette puissance, entérinant un « déclin » que d’aucuns prétendent inéluctable pour les États-nations européens.

La problématique du porte-avions est en ce sens révélatrice des ambitions de la France en ce qui concerne sa puissance. Attribut essentiel de toute marine digne de ce nom, il l’est tout autant sinon davantage pour les candidats au rang de « puissance mondiale ». Dans un système économique mondial où les échanges commerciaux se réalisent à près de quatre-vingts dix pour cent par voie maritime et où une majorité de la population vit à proximité ou au bord des littoraux, disposer d’un porte-avions c’est se garantir une capacité d’influence et d’intervention indispensable à toute prétention mondiale. Avec les Foch et Clemenceau, mis sur cale à la fin des années 1950, la France a pu disposer un temps de deux porte-avions. Si la mise en service du Charles de Gaulle en 2001 a donné au second un successeur, le premier n’a pas eu de descendance, et la France ne dispose dès lors plus que d’un seul de ces bâtiments de guerre. La puissance française peut-elle se contenter de cette situation ? Ses ambitions et ses obligations la poussent-elles à acquérir un second porte-avions ? Nous répondrons à cette problématique de la pertinence pour la France de disposer d’un nouveau porte-avions en revenant d’une part sur la puissance maritime française et les exigences que cette dernière engendre, et d’autre part en exposant les avantages stratégiques que confèrent un porte-avions, ainsi que les politiques navales des alliés et concurrents en la matière.

Un second porte-avions pour la France : quel intérêt pour la puissance maritime française ? — Jeanne Dubois, Ania Mordache, Léo Roy, Pierre-Romain Thionnet

Illustration : schéma présentant le projet de second porte-avions français paru dans Le Télégramme en février 2014.


Une réflexion sur “Un second porte-avions pour la France : quel intérêt pour la puissance maritime française ?

  1. En l’état actuel, le plus important est de prévoir le remplacement du Charles de Gaules par un nouveau porte avion nucléaire. Mais il tout aussi important d’en prévoir un second (dans le cas des travaux très long d’entretient du premier, qui a ce moment là nous ne disposerions d’aucun porte avion disponible).
    Mais un porte avions est énormément coûteux et un second serait lourd à supporter; une solution envisageable pour y remédier serait la construction d’un porte avion européen, à condition que celui-ci soit conçu pour recevoir les aéronefs français, lorsque le porte avion français sera en cale pour maintenance.
    Le financement au niveau européen ne devrait pas poser de problème  et permettrait de faire d’une pierre 2 coups en  lançant l’Europe vers un armement commun, ce dont elle manque crucialement et lui fait défaut.

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