Décembre 2017 : regain de tension entre la République populaire de Chine et Taïwan (article)

illustration article Taïwan Noé

            Feng Shih-kuan, ministre de la Défense de la République de Chine (Taïwan), a déclaré que la fréquence des exercices chinois dans le détroit de Taïwan constituait « une énorme menace pour la sécurité ».

Depuis juin 2016, l’Armée de libération populaire (A.P.L.) a effectué 25 exercices dans les eaux territoriales et l’espace aérien taïwanais, soit une certaine accélération du rythme qui prévalait jusqu’alors.

Les autorités chinoises, et en particulier le ministère des Affaires taïwanaises, se défendent des accusations de violation du droit international en avançant l’argument selon lequel l’île est partie du territoire chinois. En effet, le gouvernement communiste n’a jamais renoncé à reprendre l’île, soit par un processus de réunification pacifique, soit par la force. Xi Jinping, maître de la Chine, a d’ailleurs déclaré : « Nous ne permettrons jamais à quelque personne, organisation ou parti politique d’amputer une partie de la Chine sous quelque forme que ce soit ». La victoire démocratique de Tsai Ing-wen, présidente du Parti démocratique progressiste taïwanais, de sensibilité indépendantiste, avait largement exacerbé la tension entre les deux rives, que l’appel — reçu — par la chef de l’État taïwanais de Donald Trump n’a pas contribué à calmer.

« Les patrouilles d’encerclement de l’île sont très inhabituelles, a déclaré l’observateur Antony Wong Dong basé à Macao. L’armée de l’air opère des mouvement planifiés pour collecter et mettre à jour des informations à caractère militaire ». Selon lui, le type d’aéronefs déployés (bombardiers, avions de chasse) témoigne de la volonté de la Chine continentale de se préparer à la guerre contre Taïwan.

À mesure que la puissance de l’A.P.L. s’affirme, les excursions dans le territoire taïwanais deviennent de plus en plus audacieuses… et provocantes, comme en témoigne un petit film diffusé par l’armée de l’air chinoise ce mois-ci, où le spectateur peut observer des chasseurs survoler le territoire taïwanais sur une musique douce. En réponse, le 18 décembre, le porte-parole du gouvernement de la République de Chine a déclaré que « le comportement de la R.P.C. est irresponsable, à plus forte raison en tant que membre de la communauté internationale, en ce qu’il menace et endommage la stabilité et la sécurité régionale. »

Dans sa politique de pression à l’encontre de l’île, Pékin s’évertue à l’isoler sur la scène internationale. Les représentants des « petits pays » sont régulièrement priés de renouveler, lors des réunions officielles, leur attachement à la « politique d’une seule Chine ». La rupture récente des liens diplomatiques du Panama avec Taïwan constitue la dernière victoire du régime communiste en la matière. L’ambassadeur chinois (R.P.C.) aux États-Unis a enfoncé le clou, déclarant le 13 décembre que si la marine militaire américaine faisait escale au port taïwanais de Gaoxiong (Kaoshiung), la Chine envahirait l’île, sans autre forme de procès.

Par ailleurs, le 18 décembre, alors que les tensions s’intensifient, quatre hommes politiques pro-réunification ont été arrêtés à Taïwan. Les autorités gouvernementales ont déclaré que les procureurs avaient fait fouiller leurs maisons avant de les interroger comme témoins dans le cadre d’une affaire de violation de la loi de sécurité nationale. Trois des quatre individus arrêtés revenaient d’un séjour en Chine continentale où ils ont rencontrés de nombreux officiels, parmi lesquels Yu Zhengsheng, président de la Conférence consultative politique du peuple chinois. Ils ont été relâchés deux jours plus tard. L’affaire a suscité un tollé général dans la presse continentale, et des photos d’internautes portant des messages de protestation à bout de bras ont également tourné sur le web chinois. Le Global Times, journal de référence de la gauche du Parti communiste chinois (jusqu’au-boutiste et belliciste), a, dans un éditorial, dénoncé une frappe chirurgicale ayant pour but de faire un exemple et d’intimider les pro-Pékin, et réclamé des autorités chinoises continentales des mesures de rétorsion à l’encontre des militants pro-indépendance situés en Chine afin de semer « une peur profonde parmi les indépendantistes de l’île ».

Cette dynamique délétère pousse l’armée taïwanaise à se moderniser pour faire front.

Le 25 décembre, les médias taïwanais ont révélé que Taipei prévoyait la production de missiles de croisière supersoniques HF-2E améliorés d’ici 2020, d’une portée de 1 000 km pour être en capacité de frapper en profondeur le territoire chinois. Ensuite, a été prévue à l’horizon 2020 la montée en gamme de 3 types de missiles, à savoir le Tien Kung 3 (pour faire passer sa capacité d’interception de missiles balistiques de 45 à 70 km d’altitude), le missile air-air Tien Chien 2 (pour pousser sa portée à 90 km — le chasseur taïwanais IDF pourra en emporter quatre), et le Hsiung III, missile antinavire supersonique (pour faire passer sa portée de 150 km à 300 km).

Par ailleurs, l’armée taïwanaise a récemment achevé l’amélioration du chasseur F-CK-1 Chingkuo, dont la capacité de combat électronique a été améliorée, et qui est à présent capable d’embarquer le missile de croisière supersonique air-sol Wan Chien dont la portée est d’environ 380 km. Enfin, les autorités ont récemment rencontré une délégation de l’entreprise Dassault pour discuter de la possibilité d’améliorer les Mirages 2000 de l’aviation taïwanaise.

Inconfortable, la position de Taïwan force sa présidente Tsai Ing-wen à chercher de nouveaux partenaires pour résister aux coups de boutoir du régime communiste. L’île et l’Inde ont récemment signé un accord portant sur l’approfondissement de la coopération « dans tous les domaines entre les deux pays », nouveau  reflet d’une prise de conscience régionale de la nécessité d’entraver la montée en puissance d’un nouveau géant asiatique de moins en moins prévenant. Quoi qu’il en soit, si la tendance se poursuit, l’invasion de Taïwan attendue à l’horizon 2049 pourrait bien prendre de l’avance sur le calendrier.

Noé Hirsch


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