Doit-on espionner des pays alliés ? (article)

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Lord Palmerston, homme politique britannique de la fin du XIXe s., aimait à affirmer que les pays n’avaient pas d’amis, seulement des intérêts. Si l’idée que tout le monde espionne tout le monde n’est pas fausse elle demande tout de même à être nuancée. Tout d’abord parce que l’espionnage entre alliés doit être caractérisé. Quel est son but ? Quels sont ses moyens ? Et surtout suivant quelles intentions ? Rappelons que par « espionnage » nous entendons l’action cherchant à savoir ce qu’un pays, un responsable politique, un individu étudie, pense, prévoit. La récente affaire Snowden renvoie l’espionnage, le renseignement à une action hostile, malveillante. Néanmoins dans des alliances — coopération institutionnalisée entre deux ou plusieurs États — le terme le plus adéquat pour comprendre l’espionnage serait celui de compétition. La nuance du propos qui va suivre tentera de définir les enjeux de la question, à savoir : la réduction de l’incertitude dans les relations internationales, la hiérarchisation de la coopération et l’évolution de l’espionnage entre alliés.

L’espionnage, ou la réduction de l’incertitude
Les relations internationales sont caractérisées par des relations d’incertitude. Pour les réduire, le recours à l’espionnage est une option. Bien que la convergence d’intérêts nationaux soit à l’origine d’alliances comme l’OTAN, la collaboration n’implique pas une confiance totale. Dans le cas de la France, la question syrienne a montré le manque de considération américaine pour notre diplomatie. De ce constat, il nous faut comprendre l’espionnage comme :

  • Un besoin légitime
  • Un moyen permettant des anticipations stratégiques
  • Un outil d’aide à la décision

En effet les informations recueillies seront pertinentes si elles peuvent être intégrées au processus de décision politique afin de défendre nos intérêts vitaux et palier les doubles jeux, les erreurs. La capacité d’un État à connaître les visions politiques et stratégiques plus opaques d’un allié permet de se positionner lors de négociations internationales. Dans un contexte de mondialisation et de concurrence globalisée l’espionnage économique répond à des intérêts stratégiques vitaux.

L’espionnage doit être un moyen pour un pays d’éclairer les relations internationales et les divergences stratégiques et politiques pouvant exister entre alliés.

Hiérarchiser la coopération en matière de renseignement
Il est nécessaire de conserver une distinction entre compétition et hostilité. Cependant, la définition du terme « allié » varie et pourrait être déclinée de la sorte :
• Alliés naturels
• Partenaires stratégiques
Ces deux notions peuvent distinguer les aspects structurels et conjoncturels. Sur des sujets comme les terrorisme, la coopération est conséquente sans beaucoup d’entraves du fait d’un objectif commun. Sur d’autres sujets, la coopération doit se faire selon des similitudes stratégiques profondes, des valeurs et des ambitions communes. Cette hiérarchisation de la coopération en fonction de critère définis permet l’optimisation des objectifs. En matière de renseignement, il doit être possible de fixer la limite entre ce qui doit relever de la coopération et ce qui doit relever de la compétition.

Entre droit et légitimité : un espionnage nécessaire et accepté
Le droit international n’interdit pas l’espionnage. Ainsi, ce dernier, malgré son caractère inamical, est jugé légitime et donc permis. Cette absence de normes qui condamneraient un État n’empêche pas les législations nationales de réprimer l’acte d’espionnage. Cela témoigne de sa nature juridique hybride. La non-inclusion de l’espionnage dans le droit international peut s’expliquer par :

  • Le refus des États de risquer d’être engagé juridiquement
  • L’aspect profitable d’une telle pratique

Bien que chaque État puisse être victime d’espionnage par un pays allié, l’arbitrage entre risques et opportunités conclut à la pertinence de son utilisation. L’espionnage est donc implicitement accepté entre pays alliés. D’une part, par son caractère légitime et, d’autre part, par son absence de régulation en droit international.

        L’espionnage de pays alliés permet de réduire l’incertitude et d’optimiser les objectifs stratégiques. Pour cela la coopération en matière de renseignement nécessite de hiérarchiser les alliés en fonction de critères précis. Enfin, pour conclure, malgré l’absence d’interdiction, l’espionnage doit trouver dans sa justification une légitimité.

Boris Garcia


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