Les étudiants du Master 2 Pro E.C.A. ont lu pour vous… (13)

Illustration FdLÉmeline

Les étudiants du Master 2 Pro E.C.A. ont lu pour vous La guerre moderne, de Roger Trinquier (Economica, 1961, 109 p.).

***

« Trinquier fait la guerre comme il la trouve », p. V, préface par François Géré.

            Cet ouvrage de 109 pages a été considéré comme l’un des manuels de la guerre contre-insurrectionnelle, soulignant l’importance du renseignement, de la guerre psychologique et du volet politique des opérations armées. Il s’agit de l’œuvre d’un instituteur, praticien et homme d’Indochine : Roger Trinquier (1908 – 1986). Élève à l’école normale d’Aix-en-Provence en 1925, élève-officier de réserve en 1928, il s’engage dans l’armée à la fin de son service militaire et intègre l’école de Saint-Maixent d’où il sort sous-lieutenant en 1933. Il embarque le 11 mai 1934 à destination de l’Indochine, rejoint l’Algérie en août 1956 avant de revenir en France pour se consacrer à la réflexion et à l’écriture d’ouvrages inspirés de son expérience ; dont l’un des plus célèbres est La Guerre moderne.

Son ambition, dans cet ouvrage, est de mettre en avant, à travers trois parties, les principes, enjeux et caractéristiques de la guerre moderne afin de vaincre l’ennemi. Pour ce faire, il étudie la préparation à la guerre (partie 1), la conduite de la guerre tant dans son aspect politique que militaire (partie 2), et la manière dont celle-ci doit être portée chez l’adversaire (partie 3).

Sans le dire, Roger Trinquier construit une méthode en se fondant sur l’idée que « la guerre moderne n’est pas officiellement déclarée ». Pour lui, il s’agit d’un affrontement hors norme, non conventionnel, où tout est permis afin d’accéder à la victoire. Il est donc nécessaire d’identifier correctement la stratégie ennemie et ses modes d’action pour conduire la guerre de manière efficace.

            François Géré, né en 1950, est un agrégé, docteur habilité en histoire, directeur de l’Institut Français d’Analyse Stratégique (I.F.A.S.) et spécialiste de l’étude des différents courants des pensées stratégiques française et américaine depuis 1945. Dans sa préface de l’ouvrage, il retrace la méthode, les procédés et la stratégie de Trinquier.

Selon F. Géré, ce dernier constate d’abord ce que peut et ce que ne peut pas faire une armée régulière afin de mettre en lumière l’irrégularité de la guerre moderne. Il développe une stratégie générale fondée sur quatre facteurs structurants, à savoir : la nature de l’action (offensive/défensive), la population comme centre de gravité, le territoire (ami et ennemi), et le temps (urgence et longue durée). Pour lui, l’enjeu de la guerre (l’objectif politique des alliés et ennemis) est absolument fondamental ; tout comme la relation à l’habitant (qui doit accepter la présence de l’intervenant et souhaiter un retour à la sécurité) et le temps (tolérance de présence étrangère sur le territoire).

            Ainsi, l’objectif principal de cet ouvrage est de montrer que la guerre moderne est l’affirmation d’une irrégularité. Trinquier évoque la nécessité de s’adapter mais ne sous-estime pas les difficultés que présente cette guerre irrégulière.

« ‟ Guerre moderne, révolutionnaire, subversive, insurrectionnelle, asymétrique ”, tant de qualificatifs pour mettre en évidence le fait que ‟ la modernité n’est autre que la dérégulation de la guerre ” », p. XV.

Entre dérégulation et irrégularité de la guerre : comment vaincre dans la guerre moderne ?

            Pour répondre à cette question, l’auteur montre qu’il est possible de se préparer à affronter la guerre moderne dès le temps de paix si certaines conditions sont respectées. Pour cela, il faut en connaître les caractéristiques et les enjeux (partie 1). Puis Trinquier explique comment l’État moderne peut lutter contre la guerre irrégulière (partie 2) et réussir à instaurer la paix de manière durable en portant la guerre chez l’adversaire (partie 3).

Adapter l’appareil militaire à la guerre moderne : une préparation nécessaire.

            Dans cette partie, l’objectif de Trinquier est de montrer qu’il est possible de se préparer à affronter la guerre moderne dès le temps de paix, si les populations ont été mises en état de se défendre et qu’un système de renseignement est organisé pour anticiper et décourager toute tentative de force.

Définir l’enjeu et les caractéristiques de la guerre moderne.

            Roger Trinquier rappelle que « la défense du territoire national est la raison d’être d’une armée ». Or, l’armée française n’a pas empêché l’effondrement de l’Empire, la défaite en Algérie ou à Diên Biên Phu en 1954. Pourquoi ? Parce qu’elle était inadaptée. Elle n’était alors pas préparée à affronter un adversaire utilisant de nouvelles méthodes et de nouvelles armes. C’est pourquoi les conséquences ont été désastreuses : défaite et sentiment de faiblesse. La nécessité première est donc d’adapter l’appareil militaire français à la guerre moderne. Pour ce faire, encore faut-il la définir.

Selon l’auteur, la « guerre moderne » est une guerre « subversive et/ou révolutionnaire ». Il n’y a « pas de heurt contre une armée organisée selon les normes habituelles mais une multiplicités d’armées clandestines au sein d’une population manipulée par une organisation spéciale » (p. 7). La guerre moderne est donc un ensemble d’actions de toute nature (politique, sociale, économique, psychologique) et « vise le renversement du pouvoir établi dans un pays et son remplacement par un autre régime » (p. 5). Autrement dit, la victoire n’est obtenue que par destruction complète de cette organisation spéciale. De plus, le champ d’action a changé : il est devenu très vaste. Une nouvelle forme de guerre est donc née après la Seconde Guerre mondiale. La victoire ne dépend plus uniquement d’une bataille sur le terrain. Désormais, le moyen essentiel pour vaincre « est d’assurer l’appui des populations » en les manipulant ou en utilisant le mécanisme de l’action psychologique sur les masses. Trinquier donne un exemple d’organisation de guerre clandestine utilisant ce mode de pression sur la population : l’organisation de la zone autonome d’Alger en 1956 – 1957 créée par le F.L.N.).

Le terrorisme, arme capitale de la guerre moderne.

            Le terrorisme est un fait nouveau pour Trinquier mais est considéré comme une « arme de guerre » qu’il n’est plus possible d’ignorer car elle permet aux ennemis de se battre efficacement avec peu de moyens. Il est lié à la guerre moderne car son but est de conquérir la population en la ciblant directement. Le citoyen perd confiance en l’État puisque les pouvoirs publics et de police n’arrivent plus à assurer sa protection.

À l’inverse du criminel ordinaire qui dispose d’une cible précise, du militaire qui lutte contre un adversaire sur le champ de bataille, du guérillero qui se bat sans uniforme, le terroriste tue des individus sans défense, hors du champ de bataille et sans uniforme. Il ne prend quasiment aucun risque puisqu’il est encadré par une organisation qui prépare sa tâche. Selon Trinquier, le terrorisme c’est tuer n’importe qui, n’importe quand et n’importe où, dans l’unique but de terroriser les populations [1]. Cette arme ancienne n’avait pourtant été qu’utilisée par les révolutionnaires isolés en vue de commettre des attentats spectaculaires visant de hautes personnalités politiques. Désormais, elle est considérée comme « l’arme capitale de la guerre moderne ».

Définir l’adversaire et assurer la défense du territoire : les indispensables pour conduire efficacement la guerre et vaincre.

            Pour conduire efficacement la guerre et vaincre, il est donc indispensable d’adapter l’appareil militaire à la guerre moderne, assurer la défense du territoire, définir et situer l’adversaire opposé. En effet, auparavant, l’ennemi était facile à situer : soit de l’autre côté du Rhin, soit de la Manche. Dorénavant, l’ennemi est difficile à définir, la frontière est plus idéologique que matérielle, et l’ennemi est de plus en plus interne. De ce fait, il semble absolument nécessaire, pour Trinquier, de connaître les causes et buts de son adversaire pour le vaincre. D’autant plus que la guerre moderne n’est jamais officiellement déclarée, contrairement au passé. Ainsi, selon lui, le moyen le plus sûr de démasquer l’adversaire serait de décréter l’état de guerre le plus tôt possible afin de visualiser l’ennemi, définir les traîtres, et conduire la guerre de manière efficace.

« L’enjeu de la guerre moderne est la conquête de la population », p. VII. « Notre premier objectif sera donc d’assurer sa protection par tous les moyens car l’habitant est le centre du conflit », p. 25.

Pour clore cette première partie de l’ouvrage, Trinquier souligne l’importance de la défense du territoire ; car l’enjeu même de la guerre moderne est la conquête de la population et l’habitant est donc le facteur essentiel. Ainsi, trois objectifs sont mis en avant. Premièrement, il faut assurer sa protection en lui donnant les moyens de se défendre (en créant, par exemple, une organisation hiérarchisée dotée de prérogatives spécifiques). Deuxièmement, il faut mettre en place un service de renseignement pour déceler les failles (prévention doublée d’un pan renseignement-action) et permettant d’introduire des agents dans l’organisation ennemi. Troisièmement, il faut combattre avec des moyens appropriés si les hostilités sont déclenchées.

            Si tout cela est mis en œuvre dès le temps de paix, Roger Trinquier considère que tout est opérationnel pour faire face à la « guerre moderne ». Et même si l’adversaire décidait de passer à la lutte ouverte (renverser le pouvoir établi et le remplacer par leur propre système), la France aurait alors les moyens de le réduire à néant.

La conduite de la guerre : principes et réactions face à un adversaire employant de nouvelles méthodes.

Comment l’État moderne peut-il lutter contre la guerre irrégulière/guérilla ? Comment réagir sur le territoire contre un adversaire employant les méthodes de guerre moderne ?

 « Le grand chef de la guerre est celui qui sait vaincre avec les moyens qui lui sont donnés » (p. 87).

Pour Roger Trinquier, il existe deux manières de conduire la guerre :

L’action directe sur les populations : aspect politique de la guerre.

            Les opérations de guerre au sein des populations se rapportent d’une part à une « vaste opération policière », accompagnée d’une action psychologique menée en profondeur afin de faire comprendre à la population la nécessité des mesures prises. Elles supposent d’autre part une large action sociale et morale pour permettre à la population de reprendre son activité normale.

Les opérations policières ont pour but de rechercher l’individu ou l’organisation ciblée et, pour ce faire, de mettre en place un service de renseignement. Conduire une telle opération revient donc à assurer la sécurité. Cependant, plusieurs problèmes apparaissent pendant une guerre moderne. Les ennemis emploient de nouveaux moyens, les places de prison sont insuffisantes, les adversaires essayent de ralentir, voire d’arrêter, par tous moyens, les opérations en les gênant ; et les opérations de guerre ou opérations policière ont désormais lieu en pleine ville alors qu’elles se déroulaient auparavant sur le champ de bataille.

L’action psychologique est donc cruciale. Elle protège contre la propagande ennemie (volet défensif) et permet de rassurer, convaincre et fidéliser la population (volet offensif).

L’arme maîtresse de la guerre moderne est « le contrôle des masses par une stricte hiérarchie », p. IX.

Cette action psychologique revêt deux aspects. Pendant la période opérationnelle, son rôle est peu efficace et se borne à faire comprendre la sévérité des mesures. À l’inverse, elle joue un grand rôle avec le retour progressif à la paix puisqu’elle doit faire comprendre à la population des problèmes à résoudre afin de restaurer une « vie normale ». Dans les deux cas, la population doit être convaincue que l’action psychologique est utilisée pour défendre une cause juste.

Enfin, aujourd’hui, les opérations de guerre frappent toute la population d’un pays puisqu’elles ont lieu au milieu des habitants. La mise en place d’une action sociale est capitale lorsque la paix est rétablie, afin d’apporter une aide matérielle à la population.

L’aspect militaire de la guerre.

            Selon Trinquier, deux points sont à mettre en avant. D’une part, il faut rappeler que la guérilla et le terrorisme constituent des stades de la guerre moderne. Leur but est de créer un climat d’insécurité en agissant violemment et par surprise. D’autre part, si la guerre moderne est différente de la guerre classique sur de nombreux aspects, elle est identique à cette dernière sur un point : elle ne prend fin que par l’écrasement d’une des deux armées sur le champ de bataille ou par sa capitulation (matérialisée par l’acceptation des buts de guerre de l’adversaire).

Cependant, l’auteur expose les erreurs habituellement commises dans la lutte contre la guérilla ; à savoir, penser qu’il est possible de la vaincre en retournant contre elle ses propres armes. Or, la guérilla bénéficie de l’appui de la population (ce qui sous-entend un ravitaillement en vivres et munitions, une protection et la fourniture de renseignements) donc les résultats voulus ne sont généralement pas obtenus. Les postes militaires peuvent être contournés, les commandos autonomes ou patrouilles ont des effectifs réduits, les embuscades isolées sont souvent décelées avant les opérations, et les opérations dites « de grande envergure » ne jouissent pas de l’effet de surprise escompté. Ainsi, l’armée française n’a pas réussi à s’adapter à une forme de guerre nouvelle. Or, selon Trinquier, pour vaincre la guérilla, il faut étudier les moyens dont elle dispose en les comparant aux nôtres, rechercher ses points faibles et tirer de cette étude des principes généraux afin de mettre au point une méthodologie simple.

À cette fin, il compare les moyens (p. 60) et conclut que les guérilleros disposent d’une connaissance parfaite d’une région ainsi que du soutien de la population, tandis qu’une armée classique dispose d’une grande supériorité numérique et matérielle ainsi que d’un commandement étendu grâce aux transmissions et transports modernes. Alors que peut faire le guérillero avec les moyens dont il dispose ? Il peut choisir son terrain et l’imposer à l’ennemi, lui faisant perdre le bénéfice de son armement moderne. Trinquier met donc en avant le point faible des guérilleros : il faut les faire combattre hors de chez eux et les priver de leur soutien. Ainsi, la lutte contre la guérilla est un exemple de conduite de la guerre, conduite méthodique, organisée avec patience.

La conduite des opérations : une question de méthode.

            Dans toute opération de guerre, Roger Trinquier ne cesse de rappeler qu’il est nécessaire de situer l’ennemi pour le frapper à bon escient. Or, dans la guerre moderne, il s’agit d’une organisation installée dans la population. Pour vaincre, il faut donc anéantir cette organisation politico-militaire en mettant en place un système défensif initial (le quadrillage) et en attaquant et détruisant cette organisation de guerre ennemie. Ainsi, la lutte contre la « guérilla » nécessite d’importants effectifs, une coordination des mesures politico-militaires, une coopération de l’administration civile, et la conduite d’opérations selon un plan bien étudié. Autrement dit, il s’agit d’une question de méthode.

« L’État moderne dispose des ressources nécessaires pour la combattre mais nécessite une bonne utilisation des moyens mis à disposition ».

Voici l’état des lieux et les procédés qui visent à détruire les forces de l’ennemi. Mais la vraie victoire est de réussir à réinstaurer la paix de manière durable.

Instaurer la paix durable et vaincre.

Détruire ou neutraliser les bases de l’ennemi en territoire étranger.

« La liberté d’action laissée à nos ennemis hors de nos frontières sera une des causes déterminantes de la durée du conflit ».

            Avant de passer à la lutte ouverte, il faut neutraliser l’appui/aide extérieure que s’est construit l’ennemi. Pour cela, Roger Trinquier expose plusieurs procédés à mettre en place. Le plus simple reste d’obtenir, par voie diplomatique, que les États voisins cessent d’apporter une aide aux adversaires. Cependant, ce procédé s’avère inefficace du fait de la mondialisation et de l’interdépendance des nations, puisque tout mouvement de révolte chez l’un sera exploité par les autres [2].

Le deuxième procédé consiste à installer des contrôles aux frontières [3]. Mais les moyens pour les franchir sont variés [4] et le contrôle est difficile dans les ports et sur les côtes, par exemple.

Le troisième procédé serait d’attaquer l’ennemi en territoire étranger. Mais l’auteur met ici en garde sur une extension imprévisible du conflit du fait d’une telle intervention. L’attaque peut alors être aérienne (rapidement préparée, en secret, mais nécessite beaucoup de moyens), ou une attaque classique de forces terrestres appuyées par l’aviation et/ou l’artillerie.

            Le fait que la guerre moderne n’ait pas été codifiée rend les choses à la fois plus complexes et plus libres.  Les moyens de guerre classiques s’avèrent inefficaces et il est donc nécessaire d’utiliser les mêmes procédés que l’ennemi. Trinquier recommande donc un complément : porter la guerre irrégulière chez l’ennemi en employant toutes ses méthodes.

Porter la guerre en territoire ennemi : une riposte énergique.

            Trinquier préconise d’attaquer avec les armes de la guerre moderne, de s’assurer l’appui de la population et donc de se défendre avec des moyens appropriés. Il faut implanter des premiers éléments en territoire ennemi après avoir réalisé une étude approfondie de la région, de sa géographie et de son climat. Il faut mettre en place des missions de contact et instruire les équipes avec des formations spécifiques (combattants, radio, agents politique et renseignements). Enfin, il faut couvrir la préparation. Pour réussir, l’action à l’étranger doit être entreprise avec discrétion et anticipation. Un ravitaillement à la frontière doit donc avoir été organisé.

Voici les clés pour vaincre dans la guerre moderne.

            Dans n’importe quelle guerre, il est nécessaire d’employer toutes les armes dont se servent les adversaires. Il faut donc utiliser tous les moyens de guerre moderne pour écarter toutes agressions et vaincre. La perte de l’Indochine est notamment due à des mesures hésitantes ou prises trop tardivement. Le constat sera le même pour l’Algérie.

La forme de la guerre et les armes ne cessent d’évoluer. Désormais, on tue de plus en plus loin, on tue sans voir l’ennemi. La guerre ne disparaît pas mais se renouvèle. Il est donc nécessaire de s’adapter à ce nouveau type de conflit.

L’auteur pose un dernier problème prospectif : « emploierons-nous, dans la guerre moderne, tous les moyens nécessaires pour vaincre comme nous l’avons toujours fait dans les guerres classiques et comme nous envisageons de la faire en construisant la bombe atomique ? »

            Au cœur des événements actuels, cet ouvrage permet de renforcer ses connaissances sur les principes de la guerre et de comparer la « guerre moderne » de Trinquier avec les guerres d’aujourd’hui. Cet ouvrage montre qu’il est nécessaire de renforcer la capacité d’adaptation rapide et de rendre la guerre plus flexible. Il n’existe pas de procédé unique, ni de recette miracle pour vaincre, mais le succès politique et militaire s’obtient en ayant recours à tous les moyens, et non pas en refusant d’employer les armes de la guerre moderne. Pour prendre un exemple historique, les Anglais ne firent pas autre chose lors de la bataille de Crécy en 1346 [5]. Toutefois, tous les moyens modernes ne semblent pas forcément utiles (bombe nucléaire, armes N.R.B.C.…). Vaincre c’est aussi le faire avec intelligence, et méthode.

Aujourd’hui, la pensée de Trinquier est à relativiser puisque plus de cinquante ans se sont écoulés depuis la publication de La guerre moderne, et d’autres ouvrages ont été écrits entre temps. Notre « guerre moderne » est celle d’Irak, d’Afghanistan ou encore des Balkans. Les guerres du début du XXIe s. n’ont pas les mêmes finalités que celles des années 1950 – 1960. Elles sont des plus en plus hétérogènes et sont qualifiées « d’hybrides ».

Cet ouvrage est à mettre en perspective avec les principes de la guerre de Clausewitz.

Clausewitz : « La guerre est un acte de violence destinée à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté ».

Il peut aussi être mis en corrélation avec de nombreux articles et ouvrages écrits à la suite de la montée du terrorisme et de l’hybridité des conflits actuels [6]. Pour Trinquier, le terroriste se bat dans le cadre d’une organisation, sans intérêt personnel, pour une cause qu’il estime noble et un idéal respectable, et il prétend aux mêmes honneurs qu’un soldat, tout en refusant d’être blessé ou prisonnier. Il est protégé par son organisation. Sur ce point, il rejoint l’analyse sociologique de Farhad Khosrokhavar dans Le jihadisme — Le comprendre pour mieux le combattre, 2015.

Même si cet ouvrage est aujourd’hui quelque peu dépassé, il n’en demeure pas moins que Trinquier a fait montre d’un véritable regard prospectif :

« À la lumière des événements actuels, nous pouvons sans difficulté prévoir dans les grandes lignes le déroulement d’une prochaine agression : quelques hommes de main organisés et bien entraînés feront régner la terreur dans les grandes villes ». « Lorsqu’une attaque d’envergure sera déclenchée, la police court le risque d’être rapidement submergée » (p. 20).


[1] Comme ce fut le cas en 1957 par l’action du F.L.N. au travers des atrocités commises en Algérie pour maintenir son emprise sur la population.

[2] Le bloc soviétique, par exemple, alimente des complots susceptibles d’affaiblir le camp adverse.

[3] En Algérie, un barrage fragile a été installé mais il s’avère étanche et d’une efficacité indiscutable.

[4] À Diên Biên Phu, une garnison française se croyait en mesure de repousser une attaque grâce au camp retranché et à son immense réseau de fil de fer barbelés. Mais le barrage fut forcé et le système défensif mis en échec.

[5] Les chevaliers français refusaient de se servir de l’arc et de la flèche qu’employaient les Anglais, considérant qu’ils étaient une arme déloyale et inférieure.

[6] Par exemple, le Dictionnaire de stratégie de Gérard Chaliand et Arnaud Blin, publié en 2016.


Émeline Marly


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