L’Eurasie, vingt-cinq ans après l’effondrement de l’U.R.S.S. (Conférence)

Illustration conf' P.A.

Résumé du débat organisé par le Centre de recherches internationales (CERI) le 2 mars 2017 à Sciences Po Paris, à l’occasion de la publication de l’étude « Regards sur l’Eurasie – L’année politique 2016 » [1].

Intervenants : débat dirigé par Alain Dieckhoff, directeur du CERI ; Anne de Tinguy, professeure des universités à l’INALCO et chercheure au CERI ; Bayram Balci, chercheur au CERI et ingénieur de recherche au C.N.R.S. ; Tatiana Kastoueva-Jean, chercheure à l’I.F.R.I. ; Kathy Rousselet, directrice de recherche à Sciences Po ; Julien Vercueil, enseignant-chercheur à l’INALCO.

***

  1. Anne de Tinguy : l’espace postsoviétique a-t-il encore une pertinence ?

            L’espace postsoviétique, parfois appelé « Eurasie » dans cette publication, a-t-il encore une pertinence ? Le sentiment d’appartenance à la région continue-t-il d’être l’hypothèse de référence ou n’est-il devenu qu’une simple hypothèse ? Les anciennes républiques soviétiques ont-elles encore des choses en commun ? Est-ce une zone dotée d’une influence propre ou une simple chasse-gardée de la Russie ? La réponse est complexe et nous devons partir d’un premier constat : les mutations y sont extrêmement fortes. Sous l’U.R.S.S., c’était un espace unifié, centralisé et fermé, dominé par la Russie ; ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Il convient de signaler en premier lieu la fragmentation de cet espace, pour partie consécutive à l’éclatement de l’U.R.S.S. en 1991 mais amorcée avant la dislocation de l’empire soviétique et poursuivie ensuite.

  • Une fragmentation d’abord institutionnelle :

Le 8 décembre 1991, la Communauté des États indépendants [2] (C.E.I.) est créée, mais ce n’est qu’une coquille vide. De nombreuses tentatives ont ensuite été faites pour unifier la zone après la chute de l’U.R.S.S., mais les résultats ont été variables. La dernière en date est l’Union économique eurasienne : entreprise ambitieuse, elle a d’emblée été tronquée par la non-adhésion de l’Ukraine en 2015 et elle ne concerne de toute façon que la seule dimension économique. Il n’y a jamais eu de consensus sur la question l’intégration dans cet espace, d’autant moins qu’il faut noter la présence de conflits dit « gelés » dans la zone. Certaines divergences ont provoqué des évolutions : les désaccords russo-ukrainiens, patents depuis le début des années 1990, ont débouchés sur le conflit en Crimée et son annexion en mars 2014.

  • Une fragmentation politique :

Les différents États issus de l’U.R.S.S. n’avaient pas de valeurs communes pour cimenter leurs relations, à part, au départ, leur objectif de démocratisation. En fin de compte, des régimes autoritaires se sont imposés dans la majorité de ces États, à l’exception de quelques-uns d’entre eux qui ont connu des élections démocratiques (Ukraine, Moldavie, Géorgie, Kirghizstan).

Les recompositions culturelles liées à l’affirmation identitaire des nouveaux États ont entraîné une forte diminution du nombre de Russes résidant l’espace eurasien. Par ailleurs, l’ouverture des frontières et donc de ces pays sur l’extérieur, accompagnée par la construction de nouveaux réseaux de transports, ont provoqué une multiplication des influences extérieures dans la région, avec l’irruption de nouveaux acteurs comme les États-Unis, l’Union européenne ou la Chine. La Russie est le premier État bénéficiaire des échanges avec les États de la zone Schengen, mais certaines des anciennes républiques soviétiques ont fait du retour à l’Europe le cœur de leur politique étrangère dès les années 1990 : l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie via la signature d’accords d’association par exemple.

Cette zone s’est profondément transformée entre la chute de l’U.R.S.S. et aujourd’hui.

  • Une réalité plus complexe qu’il n’y paraît :

La région est marquée par deux poids : celui de l’héritage du passé et celui de la Russie. Svetlana Aleksievitch montre les conséquences de ce passé dans les différents États issus de l’ex-U.R.S.S. dans ses ouvrages : la politique soviétique des nationalités ainsi que les frontières héritées de l’U.R.S.S. sont à l’origine de plusieurs conflits, aujourd’hui gelés pour certains d’entre eux. De plus, la guerre froide continue d’imprégner la mentalité des populations vivant dans la zone. La corruption est un autre fléau qui reste très prégnant dans ces États, la Géorgie seule ayant réussi à progresser dans ce domaine. Même dans les États démocratisés, réformer les systèmes hérités de l’U.R.S.S. est un processus lent et complexe. Deux exemples viennent à l’esprit :

  • la Moldavie en 2015, avec le « scandale du milliard volé » alors qu’elle était un modèle de la politique européenne de voisinage ;
  • Kiev a également des difficultés à réformer son système socio-politique : l’Ukraine a fait des efforts considérables mais les rapports de Transparency International [3], illustrent ses difficultés. Elle ne se classe qu’au 130e rang sur 168 pays étudiés.

Dans tous les pays producteurs et exportateurs de pétrole, ces difficultés sont une source importante de vulnérabilité : ils n’ont en effet pas su profiter de leur manne et de la hausse des prix du pétrole dans les années 2000.

Conclusion :

            Le poids du passé est aussi celui du passé impérial : M. Poutine, mais plus largement tout l’appareil politique russe, considère que certains de ses voisins continuent d’avoir une souveraineté limitée. La Russie est un acteur régional majeur dans le domaine économique et commercial dans l’espace postsoviétique d’aujourd’hui.

 

  1. Bayram Balci : qu’est-ce que l’Asie centrale 25 ans après la fin de l’U.R.S.S. ?
  • Le terme d’« Asie centrale » :

            Un terme important peut convenir à la définition de l’Asie centrale : fragmentation. Comment depuis vingt-cinq ans la notion d’Asie centrale a perdu en pertinence et en valeurs dans plusieurs domaines ? On arrive à la notion d’Asie centrale par la domination russe. Son sens est très fort. Au sens restreint ce sont les cinq républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan et Turkménistan) mais au sens large on ajoute l’Afghanistan, la province chinoise du Xinjiang (région autonome des Ouïgours), une partie de la Mongolie, de l’Iran, du Pakistan, de l’Inde et de la Russie. On y trouve plusieurs langues mais le russe y était utilisé un peu partout. On avait également la même mentalité et un espace géographique commun. Or, depuis la fin de l’U.R.S.S., la notion d’Asie centrale a perdu de sa pertinence : l’idée supranationale n’existe plus. Les nouvelles élites nationales sont différentes et ethno-nationalistes. Impossible aujourd’hui de comparer ces États entre eux : il y a de plus eu une diversification des régimes alors qu’à l’époque de l’U.R.S.S. ils étaient tous de même nature.

  • Une intégration sociale complexe :

La Russie reste un acteur important et puissant de cette zone, même si la langue russe n’a plus la même importance. Cela touche à la notion d’intégration régionale : tous les projets d’intégration sont actuellement au point mort étant donné que ces pays sont dans une logique d’ethno-nationalisme. Il y eu une tentative de créer une maison commune d’Asie centrale mais ça n’a pas marché. La Turquie a aussi proposé une solution qui a également échoué. La dernière tentative est l’Union eurasiatique proposée par Vladimir Poutine. Or, par exemple, il n’est pas question que le Turkménistan y prenne part puisque sa constitution comprend un article rappelant la neutralité du pays. Sur un autre registre, la population d’Asie centrale est composée à 90 % de musulmans sunnites. Toutefois, depuis 1991, les différents États ont fait des choix divergents dans la pratique de l’islam : l’Ouzbékistan, par exemple, l’impose comme une sorte de religion officielle alors que le Kirghizstan est plus libéral. Il n’y a plus d’unité de l’Islam. Encore un facteur contribuant à la fragmentation de l’Asie centrale.

Conclusion :

            Le processus de différenciation se poursuit dans la région. La logique économique voudrait que ces pays s’unissent d’une manière ou d’une autre mais ils ne sont actuellement pas du tout dans cette logique.

 

  1. Tatiana Kastoueva-Jean : la société russe — Les ressorts du soutien à la politique du Kremlin

            La politique extérieure musclée ne fait plus peur. Comme tous les leaders autoritaires, Poutine a réussi à mobiliser sur plusieurs points.

  • Mobiliser le passé :

Pour définir la Russie dans les années 1990 on utilise le terme de chaos, et à raison : la violence économique des années de transition ne doit pas être sous-estimée. Il y a un besoin de s’adapter aux normes sociales bouleversées et la classe politique russe au pouvoir exploite la nostalgie de l’U.R.S.S. En mars 2016, 56 % des Russes regrettent la chute de l’U.R.S.S. et plus de 50 % pensent que l’on pouvait la prévenir. 29 % des Russes pensent que l’époque la plus louable est celle de Léonid Brejnev, dont s’inspire d’ailleurs le contrat social de Poutine : valorisation de l’hymne national, renouveau des organisations de jeunesse, etc.

Le Kremlin a le monopole sur la mémoire historique, il ne retient que ce qui alimente la grandeur de la Russie. Ainsi, comme l’U.R.S.S. lors de la Seconde Guerre mondiale, Moscou opère une guerre juste contre le Mal : le fascisme. Cette idée a notamment été utilisée lors de la crise en Ukraine.

  • Entretenir les loyautés :

La Russie a retrouvé ses capacités financières dans les années 2000. La crise économique et financière de 2008-2009 a été vécue sans trop de dégâts grâce au fonds souverain constitué durant les années de croissance. La part de l’État dans l’économie russe est passée d’un tiers à deux tiers. Il y a plus de 33 millions de retraités en Russie et 30 % de la population active travaille pour l’État. Il doit prendre soin de ses citoyen, c’est aussi pourquoi les dépenses sociales atteignent 31 % [4] du budget fédéral (tous les Russes n’ont pas pu profiter de la croissance des années 2000), alors que les dépenses pour la sécurité et la défense ont baissé en 2017. Concernant la démocratie, il faut savoir qu’un quart de la population a peur de délivrer son opinion. Pour les élections à venir, en 2018, des mécanismes ont été mis en place en amont pour prévenir et entraver les candidats de l’opposition. Le gros problème, récurrent en Russie, sera le taux de participation.

  • Répondre à des angoisses pour l’avenir :

Les Russes se sentent menacés par l’extérieur. La Russie n’a pas bénéficié des dividendes de la paix : elle a connu des guerres terribles en Tchétchénie, au Daguestan, et plus récemment en Géorgie et en Ukraine. En janvier 2016, les Russes estimaient que l’OTAN et l’Occident en général représentaient une menace militaire directe. Le pays subit également un nombre élevé d’attentats terroristes. Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir lors de la deuxième guerre de Tchétchénie et dans le monde, peu de chefs d’État incarnent à ce point l’image du chef politique et militaire. C’est aussi pourquoi l’annexion de la Crimée est largement imputée à Vladimir Poutine.

Les Russes semblent vouloir choisir une voie de développement spécifique, sans ingérence étrangère, marquée par un discours portant au pinacle les valeurs conservatrices et la préservation de la civilisation chrétienne. Cette propagande entretenue par les gouvernants russes est un succès, à tel point que les Occidentaux ont l’image d’une société russe très conservatrice alors qu’elle ne l’est pas.

Conclusion :

            La Russie est une société fracturée. Il n’y a pas d’alternatives politiques. Trois ans après l’annexion de la Crimée, les problématiques socio-économiques reviennent au centre des préoccupations, cependant, le potentiel de protestation est faible. La réélection de Poutine en 2018 semble plausible sauf si, bien sûr, il ne se présente pas.

 

  1. Kathy Rousselet : l’Église orthodoxe et la question des frontières — Sainte-Russie, monde russe et territoire canonique

            L’Église orthodoxe russe était un vecteur majeur de la politique soviétique. On retrouve cette logique aujourd’hui : il existe une alliance structurante entre l’Église et l’État russe. On observe aussi une même culture soviétique partagée par les élites politiques et religieuses, elle se reflète au Concile populaire mondial panrusse. Les autorités s’appuient les unes sur les autres pour défendre un même projet civilisationnel. On emploie le terme de « Sainte-Russie », de « monde russe » (russkiy mir [5]) pour conserver les anciennes frontières. L’Église a elle aussi réaffirmé les limites de son territoire canonique.

  • Traditions au cœur du projet identitaire de l’Église et de l’État :

L’État russe comporte une dimension morale et culturelle liée à la construction identitaire de la Russie, dans la continuité de la période soviétique tardive. Vladimir Poutine, dès le départ, a défendu une organisation multi-centrée du monde. L’imaginaire moral et culturel dessine une carte du globe fondée sur des principes traditionnels. Cela a une double portée :

  • se positionner face à la société occidentale ;
  • refonder les relations de la Russie avec les pays de son étranger proche. M. Poutine expliquait en 2013 que l’Union eurasienne était un projet de conservation de l’identité des peuples.

Le patriarche Alexis II (1929 – 2008) parlait d’une culture slave unique entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie. La notion qui unissait les membres de la communauté était le « peuple orthodoxe issu de la Rus’ ». Le patriarche Cyrille, successeur d’Alexis II, parle lui d’une civilisation orthodoxe dont Kiev, lieu de naissance de l’orthodoxie, est présentée comme le cœur. Il avait distingué, en 2013, trois capitales de l’orthodoxie : Kiev, Moscou et Saint-Pétersbourg.

  • L’église orthodoxe russe essaye de se situer au-dessus des nations :

Les Églises nationales se reconstruisent, aboutissant notamment à une concurrence entre le patriarcat de Moscou et celui de Constantinople, concurrence où le nombre de fidèles jouent un rôle important.

La notion d’ethno-phylétisme associe nation et territoire religieux. En Ukraine, la situation est complexe à cause de l’auto-proclamation d’autonomie. On a donc trois églises orthodoxes : l’Église orthodoxe apostolique autocéphale ukrainienne, l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev et l’Église orthodoxe d’Ukraine sous le patriarcat de Moscou. On est en présence d’un paysage religieux complexe. Après les événements de Maïdan, la Sainte Russie rêvée par le patriarche Cyrille s’est retrouvée bouleversée. L’annexion de la Crimée a mis l’Église orthodoxe d’Ukraine sous le patriarcat de Moscou dans une situation délicate, ce qui a débouché sur des tensions entre le patriarche Cyrille et Vladimir Poutine. Les changements de frontières étatiques ne signifient pas nécessairement que les frontières religieuses sont modifiées.

Conclusion :

            Deux notions cohabitent dans la région postsoviétique : la Sainte-Russie et le monde russe. L’Ukraine n’apparaît plus comme la forteresse de la vraie foi pour Cyrille. Ces conflits au sein du monde orthodoxe pourraient être l’explication majeure de l’absence de l’Église de Russie et de Géorgie en juin 2016 lors du Concile panorthodoxe dans l’espace postsoviétique.

 

  1. Julien Vercueil : les répercussions économiques de la crise en Russie dans l’espace postsoviétique

            L’idée principale était de proposer une lecture de l’impact qu’a eu la crise qu’a connu la Russie ces deux dernières années dans l’ensemble de la région. Entre la rédaction de l’article et aujourd’hui, les statistiques concernant l’ampleur de la crise économique de la Russie ont changé, y compris pour l’année 2015 : 3,7 % de chute du P.I.B. en 2015, aujourd’hui c’est moins 2,8 % ; pour 2016, on s’attendait à une baisse de 0,6 %, en fait, on est à moins 0,2 %. L’impact de la crise est diminué d’autant sur les pays voisins.

  • La crise en Russie :

Trois grandes décennies peuvent être distinguées en Russie au niveau économique :

  • 1987-1997 : décennie de la grande dépression économique ;
  • 1998-2008 : décennie brillante ;
  • 2009-aujourd’hui : décennie perdue car le poids économique de la Russie n’a pas variée.

Si on combine la stagnation sur dix ans du P.I.B. et la chute du rouble et que l’on évalue le poids de la Russie en dollar courant, il est en 2014 de 2 000 milliards de dollars et atteint aujourd’hui 1 300 milliards de dollars. Ces chiffres mettent en perspective l’impact à l’échelle internationale des différentes évolutions de l’économie de la Russie.

Les ventes de détails ont chuté de 15 % sur les deux dernières années. L’investissement, quant à lui, a baissé  de 11 % et les importations de 13 %.

Ces différentes baisses ont eu des impacts complexes et difficiles à mesurer. Ces impacts sont importants car les économies des pays voisins sont faibles. La Russie représente les trois quarts de l’économie de l’Eurasie.

  • Demande de biens et services :

C’est une demande de la Russie à ses voisins. Elle touche les biens et les services mais également le travail. Les transferts de revenus ont une importance cruciale pour certains pays de la région. Il y a une montée des tensions commerciales entre la Russie et l’Ukraine en vue de l’accord de libre-échange avec l’U.E. Le cumul de la baisse des importations est de 40 % à 50 %. Les partenaires les plus touchés sont l’Ukraine et la Moldavie. Seule l’Arménie sort du lot dans les exportations vers la Russie.

Les transferts de revenus les plus touchés sont ceux des pays ayant le plus de travailleurs migrants en Russie, au premier rang desquels le Tadjikistan. Son pic de revenus allait jusqu’à 50 % de son P.I.B.. Aujourd’hui, il connaît une perte nette de l’équivalent de 25 % du P.I.B.. Au Kirghizistan, l’impact de la baisse est de l’ordre de 5 %  du P.I.B., le choc est imputable à l’assèchement des devises des travailleurs expatriés. Pour l’Ouzbékistan les données sont peu fiables mais on peut donner un ordre de 1 à 3 % de perte nette.

  • Canal monétaire et financier :

La première dimension a des répercussions, via les fluctuations du rouble et les réactions de la banque centrale, sur l’ensemble de la zone. Il y a une élévation radicale et imprévue du niveau de risque associé à l’investissement d’une entreprise dans un territoire. On le repère par la réaction des flux de capitaux. C’est évident pour la Russie et l’Ukraine. Puis on a une réaction des banques centrales qui augmentent les taux d’intérêts. Cela entraîne une contagion des augmentations sur les pays voisins sauf pour le Kazakhstan qui a résisté plus longtemps (car il avait un réservoir de devises).

La deuxième dimension est exogène : c’est la baisse du prix du pétrole à partir de 2014. Il entraîne des tensions sur le taux de change du rouble et débouche sur une déflagration en décembre 2014 : chute non-contrôlée du taux de change du rouble. Ainsi, la banque centrale augmente les taux d’intérêts. Sur les autres banques centrales, l’impact est différé. Quand les taux d’intérêt augmentent des opérations économiques ne peuvent plus se faire. Cela a un effet dépressif sur les économies.

La troisième dimension est l’évolution propre des taux de change. On observe une période critique entre début 2015 et début 2016. La chute brutale du rouble entraîne des variations en cascade des monnaies de ces pays, provoquant une contraction des échanges.

Conclusion :

            Y aura-t-il un retour à la stabilité en 2017 ? Il est intéressant de voir que des décisions n’ont pas été prises par le pouvoir centrale (comme celle d’établir un contrôle des changes) alors qu’elles auraient pu l’être compte tenu de la crise financière du début 2015. Au contraire, on a vu la politique de la banque centrale de Russie aller vers le ciblage du taux de change. Elle s’oriente vers une stabilité interne. Les résultats sont pour le moment conformes à ce qu’attendaient les autorités monétaires, on reste à la merci de chocs non maîtrisables par les autorités russes.

Un redressement économique peut avoir un impact positif sur le redressement de la demande en importation de la Russie. Cependant, le fait de modifier la politique de la banque centrale n’immunise pas la Russie contre des chocs qui proviendraient de nouvelles baisses du prix du pétrole. Ce sont des facteurs exogènes qui continuent de diriger la conjoncture de la Russie.


[1] Sous la direction d’Anne de Tinguy, publiée en février 2017.

[2] En russe : « Содружество Независимых Государств » (« СНГ »).

[3] O.N.G.I. d’origine allemande ayant pour principale vocation de lutter contre la corruption des gouvernements et des institutions gouvernementales.

[4] Tous les chiffres des sondages cités proviennent du centre d’analyse Levada.

[5] En russe : « русский мир ».


 

Par Pierre-Alexis Cameron


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