Article : l’Armée de l’air et les dangers de la suractivité opérationnelle

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            Bien moins médiatisée que l’armée de Terre et souvent bien moins connue du grand public, l’Armée de l’air est tout aussi engagée au quotidien que la première. En effet, elle est déployée en opérations sur plusieurs des théâtres étrangers qui mobilisent nos forces, du Sahel à l’Irak,  mais également au niveau national où elle assure la sûreté de l’espace aérien français, sans minorer son rôle capital dans la permanence de la dissuasion.

De par la nécessité de son action, l’Armée de l’air est actuellement très concernée par le renouvellement de ses capacités, notamment en ce qui concerne ses avions ravitailleurs. Au-delà de ce renouvellement, l’essor de nouvelles technologies pousse l’Armée de l’air à s’impliquer plus profondément dans le développement de nouvelles capacités, et l’on peut citer ici à titre d’exemple le cas des drones.

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© Armée de l’air — Les trois premiers Reaper de l’Armée de l’air française, devant leur abri de Niamey.

La multiplicité des engagements auxquels l’Armée de l’air doit faire face la contraint à produire un effort soutenu, qui, peu à peu, amène ses moyens mais aussi ses aviateurs aux limites de leurs capacités. Le potentiel remarquable de cette armée est mis à rude épreuve, s’use et il apparaît évident pour chacun que l’effort ne pourra pas être maintenu sur le long terme sans un concours et soutien accru de la nation.

I – Les opérations

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Le Rafale, fleuron de l’Armée de l’air

L’espace aérien, en tant que théâtre d’opération, est des plus particuliers, notamment en raison de sa perméabilité qui permet — et rend nécessaire — une action dans la profondeur. Les opérations y sont forcément fugaces, ce qui exige d’être réactif. Le théâtre aérien ne permet pas de mener des actions ou des opérations dans la durée, néanmoins la constitution et le maintien de la supériorité aérienne est le prérequis initial dans le succès des opérations militaires.

L’Armée de l’air française est réputée pour ses succès et ses capacités opérationnelles qui lui permettent de maîtriser parfaitement l’espace aérien. En effet, elle exploite de manière complète le spectre des fonctions aériennes  que ce soit pour le renseignement (satellite, avion, drone),  le commandement et la coordination des opérations, la projection de sa puissance et l’aéromobilité (avions de transport tactique et hélicoptères lourds).

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Le C-130 Hercules, avion de transport tactique en dotation dans l’Armée de l’air

L’Armée de l’air française, par sa réactivité et ses capacités opérationnelles, est ainsi capable d’agir avec rapidité et efficacité pour changer le cours d’une crise avant d’établir les conditions nécessaires à la maîtrise de l’espace aérien par le biais d’une campagne aérienne de plus longue durée — souvent gage de réussite de l’opération et à terme de victoire stratégique.

L’atteinte des objectifs n’est pas aussi simple qu’il y paraît et il ne suffit pas de disposer du matériel pour garantir le succès d’une mission. Le recours à l’Armée de l’air, donc à l’arme aérienne, doit se concevoir par le prisme d’un système complexe et nécessairement intégré. Ce dernier comprend non seulement la flotte aérienne (avions et pilotes) mais aussi des moyens radars, des solutions de coordination 3D ainsi que les aéronefs.

Les différents engagements de l’Armée de l’air française témoignent de l’évolution des menaces. En premier lieu, les groupes armés engagés dans des combats asymétriques dans des espaces variés (au Sahel ou en Irak notamment) ont changé la donne et ont nécessité de repenser la stratégie des opérations françaises.

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Les Mirage 2000N touchent le sol du continent africain

L’Armée de l’air, par sa réactivité et la puissance de ses moyens, assure la supériorité de feu des forces françaises.

Il serait pourtant malvenu de croire que la menace conventionnelle a disparu. Certains pays, la Russie et  la Chine notamment, multiplient les provocations dans l’unique but de  réaffirmer leur puissance. Leurs aviations testent très régulièrement les défenses européennes et ces deux pays développent des stratégies de déni d’accès qu’il ne faudrait pas minorer.

En 2016, l’Armée de l’air a assuré plus de 4 000 missions aériennes au titre des opérations extérieures. Elle fut engagée en Centrafrique avec ses hélicoptères Fennec, au Sahel (opération Barkhane), au Levant (opération Chammal) mais aussi dans les pays baltes (mission Baltic Air Policing de l’OTAN).

II – Les capacités

Pour faire face aux différentes menaces et mener ses missions, l’Armée de l’air s’appuie sur sa grande capacité d’adaptation, avec pour objectif principal de toujours pouvoir permettre l’entrée des forces françaises sur le théâtre d’opération. Ce rôle qui incombe à l’Armée de l’air suppose qu’elle soit capable de déployer l’intégralité des moyens nécessaires : avions, bases projetées et moyens de maîtrise de l’espace aérien.

Comme l’a rappelé son chef d’État-major, le général André Lanata, l’Armée de l’air est fortement sollicitée, soumise à une tension croissante liée à une « suractivité opérationnelle ». Elle doit en effet assurer, au profit des forces françaises, la maîtrise de l’espace aérien sur chacun des théâtres où elles sont engagées. À cet effort déjà intense, s’ajoutent les missions permanentes au niveau national (mission de sûreté, mission de dissuasion et sécurité civile ponctuelle). Cette suractivité qui se prolonge depuis plusieurs mois contraint l’Armée de l’air à fonctionner au maximum de son potentiel. Compte tenu des limitations en heures de vol et de l’ampleur des missions en cours, la capacité de régénération de cette armée est dépassée. Par conséquent, le risque d’une rupture logistique et d’une atteinte durable à ses capacités est avéré.

III – La transformation

Pas moins de sept années auront suffi à l’Armée de l’air pour réduire ses effectifs de 30 % et le nombre de ses avions de combat de 40 %. Cette mutation profonde a nécessité un effort important qui ne tenait pas compte de l’implication de l’armée dans les opérations extérieures. Les équipements et les hommes ont étés mis à rude épreuve, multipliant les heures de vol et mettant en péril la formation de plus jeunes recrues. Il est assez évident que ce rythme de « suractivité » ne peut pas être maintenu dans la durée sans la nécessaire remontée du budget de la Défense à 2 % du P.I.B., ce qui rendrait possible le renouvellement d’une partie des équipements.

Trois recommandations, dont l’importance a été soulignée par le général André Lanata, sont primordiales à l’heure actuelle, notamment dans le cadre de la transformation de nos armées :

  • L’Armée de l’air va devoir s’engager plus profondément dans la révolution numérique. Elle a déjà amorcé cette transformation sur le plan opérationnel mais doit aussi le faire sur le plan organique et au niveau de ses processus internes.
  • L’Armée de l’air doit améliorer sa réactivité en améliorant la conduite des programmes.
  • Enfin, elle doit accompagner le renouvellement de la composante aéroportée de la dissuasion française.

Par Helena Scotti

 

 


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