Y-20 : vers une force de projection chinoise ? (Article)

Illustration article Vincent

                Après un premier vol d’essai effectué le 26 janvier 2013, le nouvel avion de transport militaire chinois Y-20 est entré en service le 6 juillet 2016. Avec une charge utile de 66 tonnes, cet avion est le symbole du bond capacitaire chinois en matière de projection de force. Pour autant, cette acquisition permet-elle à l’Armée Populaire de Libération (A.P.L.) de devenir une véritable force projetable ?

Un tournant stratégique vers la projection de puissance

                Programmé au début des années 2000, l’Y-20 est le plus gros avion de transport militaire construit par la Chine. Son existence résulte de la volonté chinoise d’améliorer les capacités aériennes du pays, notamment en termes de transport stratégique. Auparavant focalisée sur des opérations plutôt locales, la Chine disposait de capacités de transport aérien stratégique très limitées. Aujourd’hui, elle fait preuve d’une plus grande implantation internationale — surtout en Afrique — et c’est en cela que l’Y-20 devrait trouver toute son utilité.

Similaire au Iliouchine Il-76 russe et au C-17 américain, l’Y-20 constitue un véritable apport en transport stratégique avec ses 4 500 km de rayon d’action. Il offre une alternative à l’armée chinoise, qui utilisait jusqu’à présent la seule voie maritime pour le transport de ses matériels lourds. Ce nouveau cargo permettra une plus grande implication de la Chine dans les opérations de maintien de la paix et de lutte contre la piraterie de l’O.N.U., d’autant plus grâce à la base en cours de construction à Djibouti (livraison prévue courant 2017). Dans le cadre des tensions qui perdurent en mer de Chine, l’Y-20 pourra assurer le ravitaillement de ses forteresses navales.

Souhaitant en acquérir plusieurs centaines, la Chine devrait être capable de mettre en place ce changement doctrinal. Elle ne semble d’ailleurs pas miser que sur les seuls Y-20. Elle possède déjà des avions Y-9, plus petits, dotés d’une capacité d’emport de 20 tonnes. La question se pose à propos de l’AG-600, considéré comme le plus gros hydravion au monde. Pouvant transporter jusqu’à 50 personnes, il pourrait servir au ravitaillement des petits îlots en mer de Chine.

Qu’en est-il du ravitaillement en vol nécessaire à la projection de la flotte de combat aérien ? L’Y-20 est appelé à être décliné en plusieurs sous-versions spécialisées et le ravitaillement devrait être une de ces spécialités. Cela apparaît nécessaire face aux bombardiers H-6 devenus complètement obsolètes, surtout pour des raids de longue distance. Cette avancée n’est toutefois pas actuellement la priorité de Pékin.

Des obstacles à une véritable force projetable

                Si la Chine a fait un grand pas en avant dans le transport aérien militaire, il n’en reste pas moins que certains obstacles se dressent sur la route de son armée pour qu’elle devienne une force projetable sur des théâtres éloignés.

Le premier obstacle est technique puisque la Chine est, malgré de nombreux efforts dans ce domaine, dépendante de la Russie sur la motorisation. Et la problématique est la suivante : la Russie serait susceptible de voir d’un très mauvais œil la concurrence que pourrait exercer l’Y-20 sur l’Il-76 et ainsi bloquer la Chine sur la production de son dernier cargo militaire.

Le deuxième obstacle vient de la Chine elle-même et de ses priorités stratégiques. En effet, d’un point de vue aérien, sa priorité est aujourd’hui sur les capacités de combat. Cela se caractérise par le développement des chasseurs J-31 et J-20, ce dernier ayant été présenté en novembre 2016 lors du salon de Zhuhai. La conception de ses chasseurs marque l’intérêt premier de la Chine pour son étranger proche, à savoir les tensions en mer de Chine. Ils participent de la stratégie de déni d’accès (A2/AD) face à l’aéronavale américaine et les bases aériennes de ses alliés sud-coréens, japonais et taïwanais.

                Avec l’acquisition de l’Y-20 la Chine profite d’un réel gain capacitaire en matière de transport militaire stratégique. Elle pourrait se doter à terme d’une véritable force projetable. Mais, à ce jour, ses priorités stratégiques en mer de Chine et sa dépendance technologique vis-à-vis de la Russie pour le développement de son transporteur aérien ralentissent la concrétisation d’une projection de l’armée chinoise au-delà de l’Asie-Pacifique.

 

llustration : un avion de transport Y-20A en vol, 2016.

Par Vincent Arbo


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