Guerre en montagne, H. de Courrège, P.-J. Givre, N. Le Nen, 2010

Illustration fdlecture Vincent

Les étudiants du Master 2 Pro E.C.A. ont lu pour vous Guerre en montagne, des colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen (Economica, 2010, 176 pages).

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        Les colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Nicolas le Nen sont des saint-cyriens, brevetés de l’École de Guerre et de l’École Militaire de Haute Montagne de Chamonix. Ils ont tous trois servi dans les troupes de montagne et en État-Major.

Le choix de cet ouvrage fait suite à la publication du hors-série Guerre en montagne : les défis de la verticalité du magazine Défense et Sécurité Internationale. Ce magazine montre comment la guerre en montagne revient « à la mode », notamment depuis l’Afghanistan. Ce concept apparaît encore plus actuel avec le Mali et le Sahel car les soldats sont confrontés à des environnements montagneux. Pourtant, comme il est précisé dans le présent ouvrage, la guerre en montagne est largement antérieur à la guerre d’Afghanistan. Aujourd’hui, elle semble primordiale dans un contexte de contre-insurrection où les insurgés, et parfois même les terroristes, font des montagnes leur sanctuaire. Il permet aussi de comprendre les manœuvres et la tactique militaire élaborées par les troupes de montagne.

Dans la première partie de l’ouvrage, les auteurs procèdent à la description des six principes de la guerre en montagne en les illustrant avec des batailles afin de permettre une meilleure compréhension.

La préparation aux conditions de l’engagement : « aguerrir les corps et former les esprits pour vaincre le milieu ». Les conditions très particulières de la montagne sont finalement des contraintes pour les soldats. Une troupe et des chefs aguerris sont donc indispensables pour surmonter le défi physique et moral qu’impose cet environnement hostile et mouvant.

L’ubiquité : « sidérer l’ennemi par une menace tous azimuts ». Il faut faire peser une menace tous azimuts sur l’ennemi pour pouvoir anticiper ses mouvements, créer des manœuvres de déception et le frapper par surprise.

L’opportunisme : « provoquer des opportunités dans un milieu révélateur ». Le renseignement doit permettre d’exploiter les particularités du terrain et d’anticiper les manœuvres de l’adversaire afin de conserver l’initiative dans un milieu qui prédétermine souvent les manœuvres de chacun.

La domination du champ de bataille : « qui tient les hauts exploite par les bas…Qui ne tient pas les bas perd les hauts ». La domination des points permet la domination psychologique et une exploitation optimale de ses moyens. C’est une manœuvre nécessaire qui doit obligatoirement être complétée par la maîtrise des bas.

La complémentarité des feux : « dresser contre l’ennemi une matrice des feux ». Les moyens permettant de faire feu doivent être diversifiés (tirs directs, munitions air-sol/sol-sol, munitions de précisions, etc.) et combinés harmonieusement afin d’optimiser l’efficacité des coups.

Le siège de l’ennemi : « mener la guerre contre les voies de communication de l’ennemi ». Les voies de communication et d’approvisionnement sont rares et facilement identifiables en montagne. L’intérêt est donc double : il faut couper celles de l’ennemi tout en protégeant les siennes.

La deuxième partie de l’ouvrage procède au développement de huit batailles qui se sont déroulées en montagne : la bataille de Dobropolié (1918), la bataille de Suomussalmi (1939), la bataille de Narvik (1940), la bataille des Apennins (1944), l’opération Panjshir (1982), la bataille du Mount Harriet (1982), l’opération Anaconda (2002) et la bataille d’Alasay (2009). Pour chacune de ces batailles, les auteurs en font leur récit, les mettant en contexte et expliquant les manœuvres et les tactiques de chaque camp. À la fin, il est fait un compte rendu des principes utilisés par les protagonistes mais aussi ceux qui ont été oubliés par les perdants. La chronologie de ces batailles permet de voir comment l’évolution du matériel militaire et de la doctrine d’emploi des armées a fait évoluer la manière de faire la guerre en montagne sans déroger aux six principes décrits précédemment. Par exemple, le développement de l’aviation qui a permis d’obtenir un vecteur de plus dans la matrice des feux. Le contre-exemple de l’avancée technologique réside dans la guerre d’Afghanistan menée par l’armée soviétique, où les hélicoptères modernes de l’Armée rouge se sont retrouvés contraints et vulnérables en montagne face des insurgés moins bien équipés. L’application des six principes doit être de rigueur qu’importe son matériel et le nombre de soldat car elle permet bien souvent la victoire, sans pour autant avoir la prétention d’être une recette miracle. C’est le cas de la 9ème division finlandaise qui a terrassé la 163ème division ukrainienne et la 44ème division russe alors que le rapport de force était largement en faveur des Soviétiques.

Ainsi l’étude de ces six principes, illustrés par de nombreuses batailles permet de comprendre que la montagne est un terrain qui ne peut être abordé à la légère. Il faut se préparer à cet environnement bien plus contraignant que les batailles en plaine. Les montagnes sont aujourd’hui le théâtre d’opération des armées occidentales qu’il s’agisse de l’Afghanistan, et du Moyen-Orient de manière plus globale, comme du nord du Mali ou du Sahel. À des milliers de kilomètres de là, elles sont la caractéristique parfaite des batailles qui ont opposé, et qui opposent toujours, l’Inde et le Pakistan, notamment à propos du Cachemire.

En poussant la réflexion un peu plus loin, on se rend compte que cet ouvrage fait réfléchir aux batailles qui tendent à se dérouler dans des terrains hostiles et difficiles d’accès, loin des combats de plaine. Pour rester dans l’actualité des forces françaises, cela pourrait être le cas du désert. À ce titre, le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (aujourd’hui le Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement) avait écrit dans une analyse doctrinale intitulée Gagner la bataille, conduire à la paix : « les régions aux accès difficiles restent des zones d’actions parfois essentielles et, comme la zone urbaine, un milieu privilégié du combat asymétrique. Les montagnes, les forêts, les étendues désertiques ou marécageuses demeurent les bastions d’ennemis déterminés qui s’y entraînent, y reconstituent leurs forces et contrôlent les multiples trafics qui se développent dans des zones grises, parfois à cheval sur plusieurs frontières. Les forces armées doivent savoir y combattre et contraindre un adversaire fugace et adapté au terrain afin de lui dénier sa liberté d’action et de lui interdire l’initiative [1]. »


[1] Centre de Doctrine d’Emploi des Forces, Gagner la bataille, conduire à la paix, Paris, 2007, p. 22.


Par Vincent Arbo


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