Myanmar’s Peace Process : Getting to a Political Dialogue, International Crisis Group, 2016

Illustration fiche de lecture Mathieu

Les étudiants du Master 2 Pro E.C.A. ont lu pour vous Myanmar’s Peace Process: Getting to a Political Dialogue. Crisis Group Asia Briefing N°149, 19 October 2016 (International Crisis Group).

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        En pleine transition démocratique, la Birmanie doit aujourd’hui affronter de nombreux défis. L’un d’eux, et sûrement le plus important, est la sécurisation de son territoire. En proie à des conflits internes qui peuvent atteindre une violence extrême, la Birmanie est aujourd’hui divisée par de multiples affrontements armés opposant  différents groupes paramilitaires et les forces gouvernementales. Après plus de 70 ans de violences alimentées par les haines ethniques et les volontés séparatistes, l’union nationale birmane semble être un rêve que même les anciens gouvernements autoritaires de la junte militaire n’ont pu réaliser.

        La Birmanie, aujourd’hui, doit remporter l’une de ses plus importantes batailles si elle compte concrétiser le modèle démocratique qu’elle tente d’instaurer. En effet, sans l’union de la population, la fin des violences et un retour à une situation politique et sociale apaisée, la démocratie réelle ne saurait être instaurée.

        Cet article s’inscrit dans le dialogue d’unification et d’intégration totale des différentes ethnies et cultures qui composent la population birmane. Dialogue, qui, dans une logique de démocratisation portée et symbolisée par la figure de Aung San Suu Kyi, devrait pouvoir trouver un nouveau souffle.

        Le thème présenté est d’une importance cruciale, car beaucoup repose sur la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les groupes paramilitaires. Dans un sens, la démocratisation et l’unification de la population vont de pair car, sans l’un, l’autre ne peut espérer fonctionner.

        International Crisis Group est une organisation indépendante vouée à la prévention des guerres. Elle agit comme un lanceur d’alerte pour informer sur les conflits internationaux et leurs conséquences régionales. Ce travail d’information est  rendu possible par le nombre important d’analystes en contact avec les acteurs des conflits, qui réalisent une expertise approfondie des zones d’affrontement et peuvent ainsi proposer des solutions pour atteindre la paix.

        Cette association tente de rendre accessible l’information dans un monde de plus en plus polarisé et fragmenté par les conflits, et de créer un espace d’échange entre dirigeants politiques, personnels diplomatiques et société civile pour trouver des solutions pacifiques aux différends mondiaux. Pour cela, International Crisis Group réunit une centaine d’employés provenant de divers milieux professionnels comme la diplomatie, les médias, mais aussi les universités et la société civile, afin de fournir une expertise complète, indépendante et impartiale permettant d’appréhender les conflits de la manière la plus totale et objective possible.

        Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, International Crisis Group développe, à travers l’article étudié, une analyse fine de la situation actuelle de la Birmanie. Il dresse un état des lieux de la situation politique birmane. En effet, l’administration démocratique — en place depuis le 30 mars 2016 — a hérité du processus de paix que l’ex-gouvernement autoritaire avait initié en mars 2015 avec les signatures du « Nationwide Ceasefire Agreement » (NCA) afin de créer un espace de dialogue entre les groupes paramilitaires et les forces  gouvernementales. Par ailleurs, l’article rappelle que les négociations pour arriver à une paix concrète ont cette fois-ci plus de chance d’aboutir. En effet, Aung San Suu Kyi bénéficie d’un fort soutien tant au niveau international que national. La Chine a annoncé être prête à coopérer afin de permettre un apaisement de la région mais surtout des zones qui bordent son territoire (celles où les négociations avec certains groupes armés sont les plus complexes). De plus, la légitimité de son parti, qui est le premier à être élu démocratiquement depuis 1947, traduit un certain soutien populaire pour le gouvernement.

        Cet article se divise en quatre parties. Cette construction permet une compréhension plus claire des propos avancés. Tandis que la première partie donne des indications générales sur la situation actuelle, et ceci dans le but de fournir au lecteur les outils de réflexions nécessaires pour comprendre les tensions qui déchirent la Birmanie, la seconde partie aborde les actions entreprises par la précédente administration militaire, notamment à travers les signatures du NCA et les problèmes rencontrés avec certains groupes qui n’ont pas voulu y adhérer. La troisième partie présente l’approche du gouvernement de Htin Kyaw, dont les pourparlers sont largement menés par Aung San Suu Kyi. La nouvelle administration tente d’appréhender le conflit d’une manière différente, et son action se concrétise principalement par la Conférence Panglong-21. Clin d’œil à la Conférence Panglong de pré-indépendance de la Birmanie organisé par Aung San, le père de Aung San Suu Kyi, cette conférence pour la paix cherche à approfondir l’intégration initiée par le NCA. Ceci en tentant d’intégrer dans le dialogue la dizaine de groupes armés qui n’avaient pas voulu faire partie des discutions du NCA l’année passée. Enfin, l’article rappelle, dans sa dernière partie, les difficultés auxquelles le gouvernement risque d’être confronté — principalement sur la question de la périodicité des conférences devant avoir lieu tout les six mois. Ceci risque d’enrayer le processus d’intégration des groupes armés ne laissant pas assez de temps à Aung San Suu Kyi pour entamer de réelles négociations et obtenir les signatures des groupes paramilitaires extérieurs au NCA. De plus, la situation géopolitique régionale vient compliquer les choses avec notamment la dégradation des relations sino-birmanes depuis l’intrusion des forces militaires birmanes dans l’espace aérien chinois en 2015 afin d’effectuer une frappe sur le MNDAA (Myanmar National Democratic Alliance Army, un groupe paramilitaire séparatiste). Ceci a conduit la Chine à critiquer l’intervention militaire et la Birmanie à accuser la Chine de soutenir les groupes séparatistes. Les relations bilatérales se sont néanmoins apaisées avec les deux contrats instaurant des zones économiques spéciales chinoises dans deux ports birmans.

        Cette étude menée par International Crisis Group présente clairement les aspects du conflit birman. L’approche historique permet au lecteur d’acquérir les outils nécessaires à la compréhension du thème abordé. De plus, cet article offre une analyse précise des tensions internes au pays et une vision objective du conflit. Ce texte présente un intérêt certain car il introduit un sujet qui est en quelque sorte oublié par les médias occidentaux alors qu’il touche à un conflit ayant le potentiel de déstabiliser la région asiatique. Sur le plan interne le bilan est catastrophique, les affrontements entre groupes armés et militaires gouvernementaux ont provoqué la migration ou la mort de centaines de milliers de personnes. Sur le plan régional, ce conflit a participé de la dégradation des relations entre États, comme avec la Chine. Par ailleurs, la Birmanie est un cas intéressant car la démocratie a réussi à s’y imposer sans intervention extérieure. Il est donc certain que ce nouveau régime vit un moment crucial dans sa phase d’instauration. Les enjeux qui touchent aujourd’hui la Birmanie et le résultat du gouvernement face à cette gestion de crise pourraient déterminer l’implantation définitive ou l’écroulement du projet démocratique qui se met progressivement en place en Birmanie.

Illustration : lancement du NCA sous l’égide du président Thein Sein, le 31 mars 2015.

Par Mathieu Moulin


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