Les facteurs internes dans la politique étrangère russe : le casse-tête de la légitimité du Kremlin (Conférence)

Illustration conf' n°5

Compte rendu de la conférence organisée le 20 février 2017 par la Chaire des grands enjeux stratégiques contemporains de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cette conférence est par ailleurs disponible en vidéo sur la chaîne YouTube de la chaire.

Intervenants : Konstantin von Eggert[1], journaliste russe et commentateur politique ; Tatiana Kastouéva-Jean[2], chercheuse et directrice du centre Russie/N.E.I. à l’Institut français des relations internationales (I.F.R.I.).

***

        M von Eggert commence par rappeler qu’il n’est ni académicien ni politicien. Les opinions qu’il donne lors de son intervention sont des opinions personnelles, au regard de vingt-cinq ans de métier. Il souhaite que cette conférence tienne plus d’une conversation libre que d’une conférence universitaire au sens strict.

Il y a quelques jours, une source proche de VGTRK[3] lui a appris qu’ils avaient reçus de nouvelles instructions du Kremlin concernant la couverture de la politique américaine. Celle-ci pourrait se résumer à « plus de Donald Trump». La société comprend entre autres Russia et Russia 24, qui font partie d’une série de chaînes de télévision nationales sous contrôle direct ou indirect de l’État russe. Depuis la campagne américaine de l’an dernier, ces chaînes produisaient une couverture positive de M. Trump voire parfois panégyrique selon M. von Eggert. Avec la démission de M. Flynn — conseiller à la sécurité nationale des États-Unis — suivie de propos durs tenus vis-à-vis de la politique russe en Ukraine par M. Spicer — porte-parole de la Maison Blanche —, la remise à zéro qu’espérait le Kremlin a échoué. Les instructions données à VGTRK sont donc de ne plus parler de la politique de M. Trump tant que les relations américano-russes ne se seront pas améliorées. De cinq sujets sur la politique trumpienne par jour, les sites de médias sont passés à environ une brève sur ce sujet quarante-huit heures plus tard.

Ce basculement brutal illustre l’importance de la politique extérieure et des relations avec les États-Unis en matière de politique intérieure russe. Depuis le conflit russo-ukrainien, les analystes se sont concentrés sur l’opposition du président Poutine à l’élargissement de l’OTAN  et sur son désir de maintenir une présence russe en mer Noire. S’attaquer de la sorte à l’OTAN et à l’U.E. dans une confrontation directe peut sembler risquer et surtout coûteux, étant donné que le P.I.B. de la Russie équivaut grosso modo à celui de New York (chiffres de la Banque Mondiale en 2015), mais si l’on analyse la politique étrangère russe à partir de ses effets sur la politique intérieure et sur la légitimité du régime de M. Poutine, tout s’éclaire.

À la fin de la guerre froide, quand l’U.R.S.S. chute et que la Russie émerge le 25 décembre 1991, la peur du communisme et d’un embrasement nucléaire semblait appartenir à une époque révolue. Pour les anciens satellites de Moscou et les membres du Pacte de Varsovie, c’était une libération longuement attendue. Ils ont immédiatement entamé une transition post-totalitaire, après plus de quarante ans passés sous le joug de Moscou. À l’époque des révolutions de velours (fin des années 1980 – début des années 1990), tous les problèmes de l’époque pouvaient être mis sur le dos de l’occupation soviétique. Au début des années 1990, la plupart des familles en Europe centrale et orientale gardaient à l’esprit des souvenirs de la vie telle qu’elle était avant le communisme. C’était ni une vie prospère, ni démocratique, mais tout de même radicalement différente du socialisme. De plus, en Europe centrale, des contacts existaient avec les émigrés en Occident, qui fournissaient un antidote puissant à la propagande communiste. Tout cela a facilité la transition post-totalitaire de ces pays : ils ont tous suivi leur propre voie et sont désormais tous ancrés dans la communauté transatlantique (OTAN ou U.E.).

Les choses étaient différentes pour les Russes. Personne ne pouvait se souvenir de ce qu’était la vie avant les communistes. Même les souvenirs des régimes stalinistes extrêmement durs étaient assez éloignés. Les Russes connaissaient la période tranquille sous Khrouchtchev et Brejnev. Même en étant dissident on ne risquait pas la répression. Il y avait des pénuries, il fallait attendre pour tout, mais cela restait tolérable. Et pour compenser, les Russes pouvaient s’enorgueillir d’être à la tête d’un Empire craint par le reste du monde. Très peu de personnes souhaitaient l’éclatement de l’U.R.S.S. et la fin du communisme. La plupart voulaient voir s’améliorer leur niveau de vie sans se rendre compte que cela n’était pas possible dans le cadre du système communiste. Aujourd’hui encore, les Russes sont perturbés, ont du mal à savoir ce qu’ils sont et se rapportent encore aux jours de gloire du communisme. La plupart d’entre eux n’ont pas compris la chute du communisme, n’ont pas vu défauts du système. Il faut admettre que c’est une source de traumatisme pour la psyché nationale russe, jusqu’à nos jours.

L’U.R.S.S. a disparu il y a plus de 25 ans aujourd’hui. Si l’on se penche sur les sondages des vingt dernières années, on observe une véritable cohérence (M. von Eggert se réfère aux données du centre Levada, seul institut de sondage indépendant) : 56 % des Russes considèrent que la disparition de l’U.R.S.S. est un événement dramatique, 43% disent que ce qu’il leur manque le plus est le statut de grande puissance, 60 % veulent que l’U.R.S.S. soit restaurée d’une manière ou d’une autre, même s’ils savent que ce serait très difficile voire impossible. De son point de vue, cet état d’esprit est essentiel si l’on veut comprendre ce qu’est la Russie moderne. C’est un pays qui regarde le passé au lieu de se tourner vers l’avenir.

Il ne faut pas, cependant, faire porter la faute sur les Russes. Il leur a fallu subir une triple transition extrêmement violente et rapide : passer d’une économie dirigée à une économie capitaliste, d’un État totalitaire à une démocratie libérale, d’un Empire à un État-nation. Cette dernière transition est, selon M. von Eggert, un élément crucial pour comprendre l’enjeu russe actuel. On peut accuser les élites russes de ne pas avoir fourni de vision suffisamment efficace à la population, mais est-ce qu’elles le pouvaient vraiment ? Boris Eltsine n’a pas compris la nécessité d’une rupture claire avec le passé et d’une transformation institutionnelle profonde. Il a présidé à la vague de privatisation la plus importante de l’histoire humaine et à la création d’un État où la richesse ne donnait pas la puissance politique mais où au contraire la démocratie faisait ou défaisait les fortunes. M. Eltsine avait une certaine légitimité : il a remporté deux élections présidentielles et a vaincu un coup d’État communiste en août 1991. Il a ainsi obtenu un statut emblématique.

M. Poutine, quant à lui, a été nommé de facto successeur de M. Eltsine en 1999. Il n’avait jamais été en position de diriger auparavant. Au lieu de l’oligarchie de l’ère Eltsine, le système politique actuel en Russie est un régime hybride dirigé par d’anciens officiers des systèmes de sécurité et leurs plus proches amis. Ceux qui gouvernent la Russie actuellement la possèdent également, et c’est tout à fait crucial. L’autorité politique et la détention des grands secteurs de l’économie russe vont de pair. Ce système politique hybride est concentré sur sa propre survie. Une démocratie à l’occidentale n’est donc pas envisageable car il faudrait abandonner le pouvoir, ce qui signerait l’acte de mort de l’oligarchie en place.

En l’absence de vision nationale cohérente pour l’avenir, sans classe moyenne viable, vu la mainmise du Kremlin sur les institutions politiques, la politique extérieure n’est que l’expression de la volonté de la classe dirigeante, et plus précisément de celle de Vladimir Poutine. La machine de propagande du gouvernement russe veille à ce que cette attitude soit cultivée. En 2016, toujours selon les chiffres de l’Institut Levada, 57 % des Russes estimaient que l’OTAN représentait une menace directe pour la Russie, pourcentage cependant en amélioration par rapport à 2014 (70 %). De plus, nous constatons que seuls 29 % des citoyens russes sont détenteurs d’un passeport. Les Russes voyagent peu. Seuls 8 à 9 % des Russes voyagent à l’étranger une fois par an. L’Occident est une abstraction complètement vague pour la majorité des Russes. Ainsi, il est facile de leur faire croire que l’Occident est un ennemi qui veut détruire la Russie. Cette image obsidionale de la forteresse russe est un élément essentiel de sa survie.

En 2004 a lieu la « Révolution Orange » en Ukraine. Celle-ci a envoyé un message anti-autoritaire fort aux dirigeants russes et a constitué une onde de choc ravageuse pour l’état-major. De plus en plus de moyens ont été consacré pour éviter une révolution du même genre en Russie. La classe politique russe est convaincue qu’en politique seuls les intérêts comptent, pas les valeurs. Et ce thème trouve son écho jusque chez le simple citoyen russe : il ne voyage pas, son niveau de vie est assez peu élevé, il est impuissant face au système judiciaire, la police est corrompue, etc. Quand on vit dans un monde pareil, on se dit que le monde entier est comme cela. De plus, les complots réels ou imaginés sous-tendent la vision de tous les événements de la planète. Cet imaginaire collectif s’est retrouvé en 2011 pendant la crise de Libye. Lorsque les opérations de l’OTAN ont commencé, M. Poutine a estimé que l’Occident avait mené cette guerre pour s’accaparer le pétrole libyen, alors que les compagnies occidentales travaillaient très bien en Libye sous Kadhafi. Quand M. Poutine condamne les Printemps Arabes, c’est la même chose : il considère ses citoyens comme de grands adolescents qu’il faut manipuler, et plaque cette grille de lecture sur le monde arabe. Quand par contre des manifestations sont organisées en Russie pendant toute l’année 2012, les élites russes y voient le spectre du changement d’un régime organisé par les États-Unis. L’ambassadeur des américain à Moscou en 2012 disait que M. Poutine l’avait personnellement attaqué devant John Kerry, en l’accusant d’avoir tenté de renverser son gouvernement.

On ne peut pas comprendre les actions de la Russie en Ukraine sans tenir compte de cet hiver de la colère de 2011 – 2012. L’attaque de l’Ukraine n’est pas une réaction à des menaces réelles ou perçues de l’Occident, mais un véritable effort pour mobiliser la société russe et renforcer l’image de la forteresse Russie assiégée. C’est justement à l’occasion de l’invasion de la Crimée que la popularité de M. Poutine est passée de 50 % à 86 % en l’espace de quelques semaines. Le fait que la Russie ait reconnu les frontières de l’Ukraine en 1997 n’avait plus d’importance. Ce qui était vu comme une annexion par les sociétés occidentales était vu par les Russes comme la justice enfin rendue. Ce n’était pas une victoire contre l’Ukraine mais sur les États-Unis. C’était le point culminant du prestige de Vladimir Poutine et du régime.

Ce scénario est difficile à reproduire cependant, parce que la situation de la Crimée était unique dans l’imaginaire russe. L’intervention aérienne en Syrie s’inscrit dans le contexte d’une récession économique grave, et pour les Russes, la Syrie est un pays lointain dont ils ne savent pas grand-chose. Le grand souci du Kremlin est donc de ne pas s’éterniser en Syrie, pour ne pas raviver les souvenirs des guerres afghane et tchétchène. Cet engagement risque d’écorner la légitimité de la classe dirigeante russe, ce que souhaite précisément éviter le Kremlin avant les élections législatives de 2018. Paradoxalement, M. Poutine et les élites au pouvoir sont déchirées entre leur incapacité à trouver une stratégie de sortie efficace de Syrie et leur besoin de renforcer leur légitimité en intervenant.

Ces élections législatives du printemps 2018 sont un véritable défi pour la Russie. Sans amélioration de la situation économique, c’est en affrontant l’Occident que le Kremlin compte les remporter. Le décret présidentiel de samedi dernier [18 février] reconnaît les cartes d’identité des républiques séparatistes et est peut être un avant-goût d’un nouveau cycle d’affrontements avec l’Ukraine. Le centre Levada a fait apparaître une tendance qui n’existait pas autrefois : 71 % des sondés estimaient il y  a quelques mois que les liens politiques, culturels et économiques avec l’Europe et les États-Unis devaient s’améliorer. La Russie est un « pays de paradoxes ». Des données sociologiques montrent que les Russes voudraient peut-être, aujourd’hui, un peu de calme et de sérénité après 25 années de transition difficiles. C’est un problème sérieux pour la classe dirigeante russe qui s’appuie sur la lutte contre les ennemis extérieurs pour se maintenir au pouvoir.

        Après cette intervention, Mme Kastouéva-Jean prend la parole. Elle a déjà écrit un article sur ce sujet en avril 2015[4]. Elle distingue trois profondes mutations de la société russe qui ont abouti à un durcissement d’une nouvelle politique étrangère :

Une concentration progressive, devenue extrême, du pouvoir au sein de l’État russe. Celle-ci a été favorisée par trois facteurs.

Premièrement, l’absolutisation des questions sécuritaires. La Russie n’a pas bénéficié des dividendes de la paix comme le reste de l’Europe. La menace d’une guerre n’a jamais disparu. Plus de 50 % des Russes ressentent une menace de guerre. Les Russes approuvent l’augmentation des effectifs des forces armées et la relance de la dépense militaire. La Russie a été également un des pays les plus touchés par les actes terroristes. M. Poutine incarne la fusion entre le commandement militaire et la direction politique du pays. La communication militaire du Kremlin est basée sur cette idée : « Sans Poutine, il n’y a pas de Russie ».

La qualité des élites arrivant au pouvoir, ensuite. Ce sont les siloviki. Ils sont issus des structures de forces. La décision d’annexion de la Crimée a été prise par trois ou quatre personnes de l’entourage de M. Poutine. Cette élite a une double obsession sécuritaire : sur le plan extérieur c’est l’OTAN et son élargissement ; sur le plan intérieur, ce sont les « révolutions de couleurs » qui sont forcément, pour le régime russe, manipulées par les régimes extérieurs.

La concentration des richesses dans les mains de l’État et du régime, et notamment la renationalisation du secteur énergétique, enfin. Les recettes des hydrocarbures représentent 50 % du budget russe. La société est tenue par la redistribution des recettes énergétiques. Le secteur public est passé d’un tiers à deux tiers. 30 % de la population active sont des fonctionnaires. Il y a aujourd’hui 36 millions de retraités en Russie sur 146 millions de personnes. La pyramides des âges est inversée. Il n’y a aucun contrepoids en face.

        L’échec de la diversification économique et de la modernisation de la Russie post-soviétique. Les difficultés économiques russes ne résultent pas des sanctions. La première conséquence sur la politique extérieure est la peur viscérale de la mondialisation. Il y a une peur de la marginalisation du pays. Les sanctions occidentales à la suite de la crise ukrainienne ont encore plus exacerbé ces ressentiments. De plus il y a une sensibilité des élites russes face à la sécurité des flux financiers. Les élites russes y voient une menace pour la stabilité et la paix sociale. La Russie a du mal à s’ériger en modèle véritablement attractif pour les pays voisins. Le soft power russe est plus une politique active plus qu’un modèle économique et sociétal attirant. La Russie a, entre autres, recours à la force militaire, au tarif des hydrocarbures, au maintien des conflits gelé.

        La fragilisation de la société russe. On peut citer l’émigration, le taux de personnes ayant un passeport. Il y a une peur d’instabilité chez les Russes. Un flou identitaire a remplacé la vision communiste soviétique. Tout est tourné vers la glorification du passé et non sur l’avenir. Nous faisons face à une idéalisation de la période Brejnev.

Mme Kastouéva-Jean insiste sur le fait que trois discours se dégagent de ces trois facteurs. Le premier est que la voie de développement spécifique doit être souveraine en Russie et la deuxième est l’idée de grandeur nationale. On ne retient de l’histoire que les éléments  reflétant la grandeur de la Russie. Enfin, le troisième est le fait que le régime impose l’idée d’une société conservatrice. En réalité, la Russie n’a rien de conservatrice. Ces discours semblent répondre à un besoin de reconnaissance et de revalorisation de la Russie. La réception de ce discours est facilitée par les faiblesses de l’Occident qui ne peut venir à bout de ses propres problèmes. Les trois discours opposent la Russie à l’Occident. Ces facteurs sont forts et enracinés. Le prochain dirigeant russe pourrait être tenté de les instrumentaliser. Les problèmes socio-économiques reviennent dans les préoccupations des Russes. 30 % d’entre eux pensent que l’ennemi extérieur est une image de manipulation utilisée par le régime. Cependant, Vladimir Poutine sera gagnant dans les deux cas :

  • si l’on continue la politique de confrontation, cela va lui permettre d’exploiter l’image de l’ennemi.
  • si les politiques proposent, comme le fait Marine Le Pen, une alliance avec la Russie, cela lui donne raison.

La difficulté aujourd’hui est de trouver une voie médiane pour éviter de s’aliéner la Russie sans toutefois approuver sa politique.


[1] Il a été correspondant diplomatique pour le quotidien Izvestia dans les années 1990, chef du bureau de Moscou pour la BBC russe entre 2002 et 2008, et rédacteur en chef adjoint, puis rédacteur en chef de Kommersant FM en 2012-2013. En 2009-2010, il a également travaillé comme vice-président des affaires publiques d’ExxonMobil Russia Inc. En 2008, pour les services rendus à la BBC, la reine Elizabeth II a créé pour lui le titre de « Membre honoraire de l’Ordre de l’Empire britannique ».

[2] Elle est diplômée de l’Université d’Etat de Ekaterinbourg, du Master franco-russe en relations internationales Sciences-PO/Mgimo à Moscou et a également obtenu un DEA de relations internationales à l’Université de Marne-la Vallée. Elle dirige la collection électronique trilingue Russie.Nei.Visions. Ses sujets de recherche sont consacrés à la politique extérieure/intérieure russe, à l’Ukraine, etc.

[3] VGTRK (Всероссийская государственная телевизионная и радиовещательная компания, abrégé en « ВГТРК », signifiant Compagnie d’État panrusse de télévision et de radiodiffusion) est un groupe russe de médias fondé le 14 juillet 1990.

[4] Tatiana Kastouéva-Jean, « Les facteurs intérieurs de la politique étrangère russe », avril 2015, Russie.Nei.Visions n°84.


Illustration : Konstantin von Eggert.

Par Pierre-Alexis Cameron


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